{"id":1027,"date":"2022-12-25T12:39:05","date_gmt":"2022-12-25T11:39:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.eaubleue-lorient.info\/?p=1027"},"modified":"2022-12-25T12:39:06","modified_gmt":"2022-12-25T11:39:06","slug":"recit-des-evenements-surnaturels-dares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eaubleue-lorient.info\/index.php\/2022\/12\/25\/recit-des-evenements-surnaturels-dares\/","title":{"rendered":"R\u00e9cit complet des \u00c9v\u00e8nements surnaturels d&#8217;Ar\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<p>R\u00e9cit des \u00e9v\u00e8nements surnaturels d&#8217;Ar\u00e8s<\/p>\n\n\n\n<p>(1974 et 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>(Extraits de la R\u00e9v\u00e9lation d&#8217;Ar\u00e8s \u00e9dition 1989)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Apparitions de J\u00e9sus du 15 janvier au 13 avril 1974.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Introduction&nbsp;: Tout commen\u00e7a en janvier 1974 quand Michel Potay quitta Bourges avec son \u00e9pouse Christiane et leurs deux filles Nina et Anne pour venir s&#8217;installer \u00e0 Ar\u00e8s, commune situ\u00e9e au nord du bassin d&#8217;Arcachon.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Potay est n\u00e9 \u00e0 Surennes, banlieue usini\u00e8re de la r\u00e9gion parisienne le 11 juillet 1929 . Sa m\u00e8re \u00e9tait institutrice et son p\u00e8re ing\u00e9nieur. Apr\u00e8s avoir servi dans la marine , il exer\u00e7a le m\u00e9tier d&#8217;ing\u00e9nieur dans l&#8217;industrie nucl\u00e9aire pendant quelque dix ans. Vers l&#8217;\u00e2ge de 30 ans , il commen\u00e7a \u00e0 se poser des questions m\u00e9taphysiques et apr\u00e8s un bref passage dans l&#8217;\u00e9sot\u00e9risme dont il d\u00e9couvrit les erreurs, il trouva la foi en 1964. Il \u00e9pousa Christiane N\u00e9garet en 1968 \u00e0 Bourges, de cette union naitront trois filles, Nina (1969), Anne (1970) et Sara (1975). Puis il s&#8217;engagea comme clerc dans l&#8217;\u00e9glise orthodoxe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Son t\u00e9moignage : (Extraits de l&#8217;\u00e9dition de la R\u00e9v\u00e9lation d&#8217;Ar\u00e8s de 1984)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 1971, pour sortir ma communaut\u00e9 r\u00e9gionale de la crise o\u00f9 la plonge le d\u00e9c\u00e8s de son \u00e9v\u00eaque, Mgr Jean Kovalesvski (dont le dioc\u00e8se passera plus tard sous l&#8217;\u00c9glise Orthodoxe Roumaine), j&#8217;accepte la proposition de l&#8217;\u00c9glise Orthodoxe Vivante d&#8217;\u00eatre son repr\u00e9sentant exarchal en Occident. Au d\u00e9but, cette fonction n&#8217;atteint pas aux devoirs de mes origines et de ma citoyennet\u00e9 fran\u00e7aises. Mais, graduellement, on me contraint \u00e0 des compromissions politiques. En mars 1973, on me somme de faire passer mes courriers exarchaux par des organismes diplomatiques ou de presse sovi\u00e9tiques. Mon engagement personnel \u00e9tant uniquement religieux, je refuse. On insiste. Je d\u00e9missionne. On me prie cependant d&#8217;assurer jusqu&#8217;au 31 d\u00e9cembre l&#8217;exarchat, qui sera le 1er janvier 1974 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Prague.<\/p>\n\n\n\n<p>Non d\u00e9pos\u00e9,ni r\u00e9duit \u00e0 l&#8217;\u00e9tat la\u00efc, attendant un nouveau minist\u00e8re que je veux seulement spirituel, je reste un clerc orthodoxe convaincu et fid\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec mon \u00e9pouse, Christiane, et quelques fid\u00e8les, je veux profiter de cet interm\u00e8de pour tenter un retour aux sources, \u00abl&#8217;exp\u00e9rience de la paroisse originelle\u00bb, dis-je \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Trois mois apr\u00e8s ma d\u00e9mission d&#8217;exarque, j&#8217;ach\u00e8te en juin 1973, \u00e0 Ar\u00e8s en Gironde, l&#8217;ensemble des b\u00e2timents o\u00f9 j&#8217;esp\u00e8re installer quelques familles avec la mienne, en semi collectivit\u00e9. &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Les b\u00e2timents, plut\u00f4t d\u00e9labr\u00e9s, sont ceux d&#8217;un restaurant-pension de famille d\u00e9saffect\u00e9. Le 11 septembre 1973, la famille Brouillet, venant de Nice, s&#8217;installe dans la b\u00e2tisse qui longe le ruisseau Gargu\u00e9hos. Avec ma famille j&#8217;arrive de Bourges le 3 janvier 1974. Nous occupons le b\u00e2timent situ\u00e9 sur l&#8217;avenue de la<\/p>\n\n\n\n<p>Lib\u00e9ration (appel\u00e9 par la suite Maison de la R\u00e9v\u00e9lation) . Reste une maison vide, rue Jean Lebas (la future Maison de la Sainte Parole), destin\u00e9e \u00e0 une troisi\u00e8me famille, qui ne viendra jamais. Les apparitions de J\u00e9sus vont bouleverser tous les projets.<\/p>\n\n\n\n<p>Sit\u00f4t improvis\u00e9e une chapelle dans une ancienne salle de restaurant, le fr\u00e8re Andr\u00e9 Brouillet, nos \u00e9pouses Christiane et Paulette, et moi, nous nous attaquons de nos mains \u00e0 une oeuvre consid\u00e9rable de r\u00e9fection et de transformation des b\u00e2timents, qui durera plusieurs mois, et m\u00eame plusieurs ann\u00e9es sur des points moins urgents. Nous entassons sable, briques, ciment, pl\u00e2tre, tuiles, bois, mat\u00e9riel \u00e9lectrique, peinture.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est au milieu de ce chantier, de meubles en d\u00e9sordre, de bagages non d\u00e9ball\u00e9s \u2014 ce n&#8217;est pas m\u00eame dans la chapelle ! \u2014, \u00e0 un homme fatigu\u00e9 par son d\u00e9m\u00e9nagement, qui dans ce moment a raccroch\u00e9 la soutane pour la salopette, plus occup\u00e9 de travaux que de religion, que la nuit du 14 au 15 janvier 1974 l&#8217;envoy\u00e9 de Dieu, J\u00e9sus, va survenir.<\/p>\n\n\n\n<p>LES SIGNES ANNONCIATEURS&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le 5 ou le 6 janvier une clart\u00e9, sensible \u00e0 travers mes paupi\u00e8res, me r\u00e9veille chaque nuit. Entre mon lit et le plafond, je vois des flamm\u00e8ches qui dessinent grossi\u00e8rement dans l&#8217;air la forme de mon corps allong\u00e9. Chacune dure un instant, aussit\u00f4t remplac\u00e9e. Ces occultations exasp\u00e8rent mon regard ; j&#8217;ai parfois la<\/p>\n\n\n\n<p>naus\u00e9e. Certaines nuits, les murs, le plafond et les meubles se couvrent de luminescence. Elle dure parfois si longtemps que, la fatigue s&#8217;imposant \u00e0 mon \u00e9motion, je me rendors avant qu&#8217;elle ne disparaisse. Inquiet, mais ne sachant pas quel sens donner \u00e0 ces signes, je prie pour en \u00eatre d\u00e9livr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit du 14 au 15 janvier 1974, vers vingt-trois heures trente, la clart\u00e9 me r\u00e9veille \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vois que quelques flamm\u00e8ches et peu de luminescence; il fait donc sombre.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que je prie sous mon drap, esp\u00e9rant chasser le ph\u00e9nom\u00e8ne, sur lequel je jette de temps en temps un oeil anxieux, une voix douce \u2014 voix f\u00e9minine ? \u2014 m&#8217;appelle. La voix m&#8217;ordonne: \u00abL\u00e8ve-toi, va dans tel lieu !\u00bb Alors les flamm\u00e8ches s&#8217;avivent, s&#8217;enflent et \u00e9clairent la chambre assez pour que je puisse me lever sans allumer de lampe.<\/p>\n\n\n\n<p>LES APPARITIONS DE JESUS&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Je me l\u00e8ve. Je tremble de peur et de froid. Dans le silence qui suit l&#8217;appel, je per\u00e7ois un bruit l\u00e9ger dans la direction que je dois prendre. J&#8217;ouvre doucement la porte de la chambre, je marche sans allumer dans la maison pleine de nuit. Je tire devant moi par pudeur \u2014 pourquoi ne pas l&#8217;avouer ? \u2014 mon tricot de corps, parce que je me suis jet\u00e9 tout \u00e0 l&#8217;heure dans mon lit sans pyjama, \u00e9puis\u00e9. D&#8217;\u00e9motion, je n&#8217;ai pas eu le r\u00e9flexe de me couvrir en me levant. J&#8217;avance avec pr\u00e9caution, \u00e9vitant de heurter les g\u00e2choirs \u00e0 pl\u00e2tre, les caisses \u00e0 outils, les piles de briques, les meubles gar\u00e9s ici et l\u00e0. Un clou m&#8217;entre dans le pied, je me mets \u00e0 boiter.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&#8217;encadrement de la porte, qui s&#8217;ouvre sur le lieu o\u00f9 je suis appel\u00e9, je vois une lumi\u00e8re tr\u00e8s blanche. Je claque des dents. Passant la t\u00eate dans l&#8217;encadrement de la porte, stup\u00e9fait et dans l&#8217;effroi \u00e0 son comble, je vois J\u00e9sus debout. J&#8217;ai honte d&#8217;\u00eatre presque nu. J\u00e9sus \u00e9tend vers moi une main \u00e0 plat, puis, en repliant ses doigts sur la paume, il me fait signe d&#8217;entrer.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus a le teint fonc\u00e9, l&#8217;oeil et le cheveu noirs, \u00e9pais, le nez busqu\u00e9, la bouche grande, s\u00e9v\u00e8re. Un oriental typique. Saurai-je jamais pourquoi certains voient dans ce type oriental la preuve qu&#8217;il ne peut pas s&#8217;agir de J\u00e9sus ? Un exemple : En septembre 1974, je recevrai la visite de trois femmes, qui, sans pr\u00e9ambule, placeront sous mes yeux l&#8217;image d&#8217;un J\u00e9sus blond aux yeux bleus. Avec brusquerie, comme des policiers voulant confondre un suspect : \u00abEst-ce lui ? \u2014 C&#8217;est tout son contraire, devrai-je leur r\u00e9pondre \u2014. Donc, c&#8217;est Satan que vous avez vu, Satan seul a le teint mat, l&#8217;oeil et le poil noirs.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et l&#8217;une d&#8217;elles conclura, avec la d\u00e9cevante subjectivit\u00e9 de beaucoup de nos fr\u00e8res croyants : \u00abC&#8217;est \u00e9tonnant, vous qui avez les yeux si clairs, le type celte, que vous acceptiez que J\u00e9sus puisse avoir l&#8217;air d&#8217;un rastaquou\u00e8re (sic).\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais J\u00e9sus \u2014 plus qu&#8217;une apparition au sens traditionnel, une pr\u00e9sence en chair \u2014 ne r\u00e9v\u00e8le pas que son type oriental. Son port est royal ; il a une sublime et impressionnante dignit\u00e9 qu&#8217;accentue sa tr\u00e8s haute taille. Celle-ci peut \u00eatre \u00e9valu\u00e9e ; comme il va et vient, J\u00e9sus se tient souvent pr\u00e8s d&#8217;une porte de 2,08 m (je la mesurerai plus tard) ; il para\u00eet plus petit de 20 cm tout au plus. L&#8217;homme J\u00e9sus rayonne de noblesse et de force. Ce n&#8217;est pas un fant\u00f4me ; c&#8217;est bien un homme. Si la lumi\u00e8re blanche qui transpire de tout son \u00eatre, sauf des yeux, des cheveux et de la barbe, et sa mani\u00e8re de me quitter par \u00e9l\u00e9vation \u00e0 la fin de chaque veille montrent son \u00e9tat transfigur\u00e9, j&#8217;aurai maintes preuves de son corps mat\u00e9riel, pond\u00e9rable. Un jour J\u00e9sus posera sa main sur ma t\u00eate, je sentirai parfaitement le poids du bras. Un autre jour il oindra mes l\u00e8vres, j&#8217;en sentirai le toucher, je distinguerai les sillons de la peau et les ongles, normaux.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, J\u00e9sus qui m&#8217;appara\u00eet n&#8217;a pas la fixit\u00e9 des visions de l&#8217;imagerie. Il va et vient pos\u00e9ment ; il se montre de face, de profil, cependant jamais de dos. Ses pieds nus reposent sur le sol, font craquer les gravats. S&#8217;il longe un objet, le fr\u00f4lement est audible. Je me souviens avoir dit ou \u00e9crit : \u00abIl aurait pu faire un accroc \u00e0 sa tunique.\u00bb Comme dans le lieu de l&#8217;apparition, les murs b\u00e9ent, les portes sont d\u00e9gond\u00e9es, les cheveux de J\u00e9sus flottent dans le courant d&#8217;air glacial. Le mois de janvier 1974 est froid \u00e0 Ar\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, il est des d\u00e9tails surnaturels dans cet homme J\u00e9sus, pour la description desquels nos sens n&#8217;ont ni mots, ni mesure. D&#8217;abord, sauf les endroits pileux, toute sa personne diffuse une clart\u00e9 blanche, je l&#8217;ai dit, mais une clart\u00e9 qui n&#8217;\u00e9voque pas la physique terrestre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abPas vraiment une lumi\u00e8re, une luminescence, proche de celle qui \u00e9clairait les murs et les meubles de ma chambre dans les jours pr\u00e9c\u00e9dents l&#8217;apparition. Cette sueur blanche se transmet \u00e0 l&#8217;air environnant.<\/p>\n\n\n\n<p>Si je fixe ce halo ind\u00e9finissable, je perds toute notion de distance entre l&#8217;apparition et moi. Soit cette clart\u00e9 d\u00e9c\u00e8le une dimension qui nous est inconnue : l&#8217;infini, soit elle aplatit la perspective terrestre. Clart\u00e9 probable de la transfiguration, qui fait oublier les couleurs, lesquelles pourtant sont l\u00e0, bien discernables, comme celles de la peau et des l\u00e8vres, sous la brillance. Ensuite, il y a sa tunique qui colle au corps robuste, muscl\u00e9, qui cloque comme une longue chemise de nuit mouill\u00e9e. Il y a le parfum, souvent sensible dans toute la maison plusieurs heures encore apr\u00e8s l&#8217;apparition, et le timbre de voix, indescriptible, \u00abune voix qui \u00e0 elle seule m&#8217;aurait jet\u00e9 dans la prosternation et la crainte\u00bb, ai-je \u00e9crit dans le premier liminaire de L&#8217;\u00c9vangile Donn\u00e9 \u00e0 Ar\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant cet homme \u2014 car c&#8217;est un homme, glorieux et transfigur\u00e9, mais entier \u2014 d&#8217;une majest\u00e9 indicible, j&#8217;ai peur en effet. \u00abNon la peur physique de recevoir un mauvais coup, mais celle de me sentir travers\u00e9, lu, jug\u00e9 dans les recoins les plus recul\u00e9s de mon esprit, de mon coeur, de mes secrets. Mes p\u00e9ch\u00e9s les plus subtils<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e9taient nus sous ce regard. L&#8217;oeil de J\u00e9sus p\u00e8se sur moi. Les pens\u00e9es qui me traversent, tandis qu&#8217;il parle ou qu&#8217;il m&#8217;observe en silence, modifient son regard ou provoquent ses r\u00e9ponses \u00e0 mes questions muettes. Entre humains la chair peut cacher les pens\u00e9es, mais \u00e0 l&#8217;\u00eatre c\u00e9leste la chair ne cache rien. \u00abJe me sentais sale, pleins de secrets inavouables, de pourriture, exhib\u00e9s sous cet oeil.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Que dire encore ? J\u00e9sus porte trois stigmates : un au dessus de chaque poignet, mais un seul au bas de la cheville gauche, donc trois en tout. Une nuit, je m&#8217;interrogerai sur cette unique plaie inf\u00e9rieure, contraire \u00e0 la tradition ; J\u00e9sus captera ma pens\u00e9e et r\u00e9pondra : \u00abJe fus crucifi\u00e9 le dernier. Un fer manquait ; un seul pied fut ferr\u00e9 ; la cheville libre lui fut li\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>EN QUARANTE VEILL\u00c9ES J\u00c9SUS DICTE \u00abL&#8217;\u00c9VANGILE DONN\u00c9 \u00c0 AR\u00c8S\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus devant moi, je tombe \u00e0 genoux; je tire plus fort sur mon tricot de corps jusqu&#8217;\u00e0 mi-cuisse. J&#8217;entends ces mots par quoi commence L&#8217;\u00c9vangile Donn\u00e9 \u00e0 Ar\u00e8s : \u00abRedresse-toi, homme Michel, debout ! Cesse tes pleurs et ton tremblement ! Que cesse ta honte ; Je t&#8217;ai mis nu pour te rev\u00eatir d&#8217;un manteau neuf.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus se tait un instant, puis m&#8217;ordonne: \u00ab\u00c9cris !\u00bb Je trouve un papier d&#8217;emballage de pl\u00e2tre et un crayon de charpentier. Je note ses premiers mots de m\u00e9moire et \u00e0 toute h\u00e2te pour rattraper sa parole car, d\u00e9j\u00e0, il parle \u00e0 nouveau. C&#8217;est pourquoi les premi\u00e8res phrases sont imprim\u00e9es en italique ; s\u00fbres quant au sens, elles sont moins s\u00fbres litt\u00e9ralement. Au long de L&#8217;\u00c9vangile Donn\u00e9 \u00e0 Ar\u00e8s on trouve en italique, pour la m\u00eame raison, des mots, parfois des phrases, reconstitu\u00e9s sur l&#8217;original griffonn\u00e9 ou not\u00e9 en style t\u00e9l\u00e9graphique quand mon \u00e9criture est en retard sur la parole de J\u00e9sus. Il ne dicte pas comme un instituteur, il parle apparemment sans se soucier de mes difficult\u00e9s \u00e0 le transcrire, et mon \u00e9criture semi-typographique n&#8217;est pas tr\u00e8s rapide.<\/p>\n\n\n\n<p>Quarante fois J\u00e9sus va dicter son message jusqu&#8217;\u00e0 la nuit du 12 au 13 avril. Mais ce n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 partir de la dixi\u00e8me veill\u00e9e que je comprends que son message sera peut-\u00eatre long. L&#8217;\u00e9critoire improvis\u00e9 des premiers jours est am\u00e9lior\u00e9 et laiss\u00e9 en permanence sur le lieu. Tout naturellement je donne \u00e0 chaque dict\u00e9e le nom<\/p>\n\n\n\n<p>de veille ou veill\u00e9e, parce qu&#8217;elle a toujours lieu la nuit. Les circonstances seront toujours les m\u00eames : Une voix m&#8217;appelle entre 23 h et 3 h. Invariablement, quand j&#8217;arrive sur le lieu de l&#8217;apparition, J\u00e9sus m&#8217;y a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et m&#8217;attend. Par contre, \u00e0 l&#8217;issue de chaque veille, je vois dispara\u00eetre J\u00e9sus en ascension ; il semble glisser, bras en avant, dans le lambris du plafond comme un ours blanc dans la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, ce face \u00e0 face ne se r\u00e9duit pas \u00e0 des dict\u00e9es monotones. J\u00e9sus n&#8217;est pas l&#8217;estafette qui d\u00e9bite impersonnellement le message de Dieu, puis se retire. S&#8217;il ne r\u00e9pond pas \u00e0 l&#8217;image populaire d&#8217;un J\u00e9sus intime, tout en chaleur, en confidence et en compassion, son comportement souverain et s\u00e9v\u00e8re n&#8217;est pas de ceux que repousserait la ferveur populaire, parce qu&#8217;un coeur y bat. J\u00e9sus \u00e9prouve des \u00e9motions. Le timbre de sa voix est tr\u00e8s grave, un peu couvert, mais l&#8217;accent \u00abchante\u00bb. Son visage, plut\u00f4t s\u00e9v\u00e8re, peut s&#8217;animer. Alors, il ne regarde plus l&#8217;infini d&#8217;un regard que la mati\u00e8re n&#8217;arr\u00eate pas, son oeil se pose sur tout, souvent sur moi. \u00abEnfin, dans ces moments, je ne me sentais plus travers\u00e9 comme l&#8217;\u00e9cume de l&#8217;humanit\u00e9 ; J\u00e9sus regardait en moi la personne\u00bb. Ce \u00abregard d&#8217;homme \u00e0 homme\u00bb a pour moi d&#8217;autant plus de prix que je remarque, et que je ressens avec douleur, \u00abquel effort repr\u00e9sente pour J\u00e9sus d&#8217;appara\u00eetre en ce monde pourri de p\u00e9ch\u00e9s \u2014 en commen\u00e7ant par moi \u2014 comme l&#8217;\u00e9preuve de descendre dans une fosse infecte. J&#8217;avais le sentiment de puer de l&#8217;esprit, et qu&#8217;il fallait vraiment beaucoup d&#8217;amour pour m&#8217;approcher et pour me regarder.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus bouge, il tourne et remue la t\u00eate, les bras, les mains, tr\u00e8s pos\u00e9ment. Ses sentiments se traduisent plut\u00f4t \u00abpar l&#8217;\u00e9trange variation de la brillance de l&#8217;oeil.\u00bb. Le plus souvent accroupi, j&#8217;\u00e9coute et j&#8217;\u00e9cris, d\u00e9f\u00e9rent et silencieux. \u00abJe ne parlais pas, mais si je cachais quelques \u00e9motions et interrogations dans les battements de mon coeur, la voix de J\u00e9sus ou son regard montraient qu&#8217;il les avait d\u00e9cel\u00e9es. Il pouvait alors interrompre son message pour r\u00e9pondre de vive voix \u00e0 ma question muette. Ces r\u00e9ponses ne figurent pas dans L&#8217;\u00c9vangile donn\u00e9 \u00e0 Ar\u00e8s, mais, gard\u00e9es \u00e0 jamais dans ma conscience, elles m&#8217;ont souvent aid\u00e9 \u00e0 mieux comprendre le sens de la Parole, surtout au d\u00e9but.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abL&#8217;EMBARRAS S&#8217;ORGANISE\u00bb AUTOUR DU T\u00c9MOIN.<\/p>\n\n\n\n<p>Une nuit sur deux environ (40 apparitions en 88 jours) J\u00e9sus me visite, mais le jour rien ne laisse deviner l&#8217;\u00e9v\u00e9nement. Seul mon entourage imm\u00e9diat: mon \u00e9pouse, la famille Brouillet, et Michel Cl\u00e9ment, un voisin qui effectue les travaux de tuyauterie, devenu depuis un ami, conna\u00eet l&#8217;\u00e9preuve que je subis. Ils me voient tourment\u00e9, rendu irritable par une r\u00e9v\u00e9lation qui bouleverse mes convictions et remet en cause ma vie religieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00e9preuve se transmet \u00e0 tous, tous se sentent bient\u00f4t concern\u00e9s au point que nous n&#8217;en parlons presque pas de peur d&#8217;attiser la question qui nous perturbe int\u00e9rieurement : O\u00f9 tout cela nous entra\u00eene-t-il ? Pour oublier l&#8217;\u00e9prouvante exp\u00e9rience surnaturelle de la nuit, je me tue le jour au travail de r\u00e9fection et de transformation de la maison avec fr\u00e8re Andr\u00e9. J&#8217;en refais l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 enti\u00e8rement ; fr\u00e8re Andr\u00e9 mure des portes, en ouvre d&#8217;autres, b\u00e2tit et r\u00e9pare de tous c\u00f4t\u00e9s ; avec ma femme nous rampons sous les combles pour traiter la charpente rong\u00e9e par le capricorne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un matin, je gratte dehors une caisse \u00e0 pl\u00e2tre, le cur\u00e9 de L\u00e8ge vient \u00e0 moi. \u00abVous \u00eates le bienvenu dans la r\u00e9gion,\u00bb dit-il au clerc orthodoxe que je suis encore ; il m&#8217;invite aux r\u00e9unions oecum\u00e9niques qui rassemblent \u00e0 Cassy et \u00e0 Andernos des pr\u00eatres, des pasteurs et des fid\u00e8les. Comme je n&#8217;ai pas encore une conscience<\/p>\n\n\n\n<p>d&#8217;ensemble du message que me dicte J\u00e9sus, j&#8217;accepte. J&#8217;en esp\u00e8re m\u00eame un heureux d\u00e9rivatif. Celui-ci durera jusqu&#8217;au moment o\u00f9 L&#8217;\u00c9vangile donn\u00e9 \u00e0 Ar\u00e8s m&#8217;\u00e9tant connu aux deux tiers, je ne pourrai plus me cacher \u00e0 moi-m\u00eame ni cacher aux autres ce que Dieu veut. Alors, ma pr\u00e9sence au colloque religieux posera un probl\u00e8me \u00e0 tous ses membres.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans Ar\u00e8s les bonnes gens, d&#8217;abord surpris qu&#8217;un clerc orthodoxe s&#8217;installe chez eux, m&#8217;appellent vite \u00able pope\u00bb, et me consid\u00e8rent comme une mani\u00e8re de pieux consolateur. Beaucoup viennent me confier leurs malheurs, demander un conseil, une pri\u00e8re, jusqu&#8217;au jour o\u00f9 ils d\u00e9duisent de la disparition de ma soutane et des bruits qui courent que je quitte l&#8217;\u00e9glise. \u00abPourquoi ? se demandent-ils entre eux \u2014 \u00c0 cause de soi-disant apparitions, r\u00e9pondent les mieux renseign\u00e9s.\u00bb \u00c0 partir de ce moment, le prestige eccl\u00e9siastique m&#8217;abandonnant, \u00abl&#8217;embarras s&#8217;organise\u00bb, dis-je \u00e0 mes proches en plaisantant am\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;embarras des coll\u00e8gues cl\u00e9ricaux, pr\u00eatres et pasteurs, qui m&#8217;ont joint \u00e0 leur club oecum\u00e9nique, est plus grand encore. Comme font toujours les gens d&#8217;\u00e9glise, ils n&#8217;abordent pas le sujet devant moi. Simplement, pour me signifier mon exclusion, ils ne m&#8217;envoient plus la voiture qui, les jours de r\u00e9union, me prend et me ram\u00e8ne chez moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, quand sera \u00e9dit\u00e9 L&#8217;\u00c9vangile donn\u00e9 \u00e0 Ar\u00e8s, certains iront jusqu&#8217;\u00e0 consid\u00e9rer mon influence comme un p\u00e9ril des plus graves pour les \u00e2mes ; une mise en garde circule discr\u00e8tement: \u00abIl ne convient pas \u00e0 des chr\u00e9tiens de rencontrer cet homme-l\u00e0.\u00bb Du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;\u00e9glise orthodoxe l&#8217;embarras fait bient\u00f4t place aux condamnations. Je ne reverrai jamais mes amis eccl\u00e9siastiques, m\u00eame les plus familiers ; sauf un, peut-\u00eatre pris de remords, de r\u00e9miniscence d&#8217;amiti\u00e9 et d&#8217;estime, qui me rendra visite en 1977, et qui d&#8217;ailleurs \u00e9vitera de parler des apparitions et du message de J\u00e9sus.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu&#8217;\u00e0 mes amis la\u00efcs, des amis de tr\u00e8s longue date parfois, qui cesseront peu \u00e0 peu tout contact, toute correspondance. Je semble devenu la peste. Pour un homme qui a toute sa vie cultiv\u00e9 l&#8217;amiti\u00e9, c&#8217;est une profonde souffrance. Naturellement, les calomnies pleuvent. Elles ne viennent pas des amis et des<\/p>\n\n\n\n<p>relations, qui se contentent de s&#8217;\u00e9loigner et de se taire. Elles viennent, comme toujours, de ceux qui ne me connaissent pas, mus par ce penchant commun qui est de traiter tout fait spirituel comme un simple fait d&#8217;opinion, et donc de le refuser et de le fl\u00e9trir sans obligation de respect et de scrupules, et sans risques de repr\u00e9sailles. \u00abJe suis un p\u00e9cheur, dis-je, je ne m\u00e9rite ni \u00e9loges ni consid\u00e9ration particuli\u00e8re. Mais pourquoi la fl\u00e9trissure et des histoires \u00e0 dormir debout ? Elles outragent dans le t\u00e9moin du surnaturel, aussi indigne soit-il, le Christ qui l&#8217;a visit\u00e9 ; elles matelassent les oreilles contre son message. Une fois de plus dans l&#8217;histoire de la r\u00e9v\u00e9lation, il faudra lentement d\u00e9gager l&#8217;\u00e9v\u00e9nement d&#8217;Ar\u00e8s et sa Parole de dessous les ragots, les mensonges, les futilit\u00e9s de sacristie, de salon, de boutique.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est la grande solitude du proph\u00e8te. Le r\u00e9confort viendra de la conversion et de l&#8217;estime d&#8217;hommes et de femmes qu&#8217;enflamme La R\u00e9v\u00e9lation d&#8217;Ar\u00e8s, pour la plupart des inconnus, des m\u00e9connus ou des indiff\u00e9rents d&#8217;hier devenus des soutiens. Les fr\u00e8res remplacent les amis.<\/p>\n\n\n\n<p>Ar\u00e8s, 1er novembre 1983 Fr\u00e8re Michel<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NOTES ET R\u00c9FLEXIONS DU T\u00c9MOIN lors des th\u00e9ophanies de 1977<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00ab R\u00e9cits, Notes et R\u00e9flexions \u00bb sont de ma main, mais c&#8217;est \u00e0 la soeur Christiane, mon \u00e9pouse, qu&#8217;ils doivent d&#8217;exister.<\/p>\n\n\n\n<p>LES SIGNES ANNONCIATEURS (Not\u00e9 en septembre 1977).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du mois d&#8217;ao\u00fbt, s\u00e9journant dans le Var, je me suis senti \u00e0 plusieurs reprises ceint comme d&#8217;un anneau d&#8217;air ; une pression \u00e9trange. \u00c0 d&#8217;autres moments, une main invisible me poussait dans le dos, sur la poitrine ou sur l&#8217;\u00e9paule, sans raison et sans direction, une pouss\u00e9e chahuteuse comme celle des camarades dans les rangs \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Parfois des sons et des lumi\u00e8res m&#8217;accompagnaient de m\u00eame sans rapport avec un moment pr\u00e9cis de la journ\u00e9e, ou avec un acte ou une pens\u00e9e d\u00e9termin\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s deux semaines j&#8217;ai identifi\u00e9 ces ph\u00e9nom\u00e8nes, devenus graduellement plus nets et forts, \u00e0 certains ph\u00e9nom\u00e8nes qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les apparitions de 1974. La peur, grandie en panique la nuit, me saisit. Il y a des \u00e9preuves qu&#8217;on subit la premi\u00e8re fois avec souffrance mais t\u00e9m\u00e9rit\u00e9, par surprise ou ignorance. Quand ces \u00e9preuves reviennent, on les fuit, m\u00eame plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais je n&#8217;ai mieux compris, jamais je n&#8217;ai fait autant mienne la pri\u00e8re de J\u00e9sus : P\u00e8re, que passe loin de moi cette coupe ! Dans les circonstances qui sont les miennes, j&#8217;y ajoute : \u00ab Pourquoi, P\u00e8re, t&#8217;approches-tu de moi encore ? Pourquoi m&#8217;imposer l&#8217;\u00e9preuve du surnaturel comme l&#8217;\u00e9preuve de l&#8217;air au poisson ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Non seulement je m&#8217;efforce d&#8217;oublier l&#8217;approche du moment redout\u00e9, mais, sortant \u00e0 peine d&#8217;une autre \u00e9preuve \u2014 celle subie des incr\u00e9dules, des fanatiques et des moqueurs \u00e0 la suite de L&#8217;\u00c9vangile Donn\u00e9 \u00e0 Ar\u00e8s \u2014, je souffre \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de devoir bient\u00f4t annoncer : \u00ab Dieu s&#8217;est encore manifest\u00e9. Voil\u00e0 ce qu&#8217;il dit ! \u00bb Trois ann\u00e9es et demie de lutte passive ou active contre cent probl\u00e8mes caus\u00e9s de l&#8217;int\u00e9rieur ou de l&#8217;ext\u00e9rieur par les apparitions de J\u00e9sus ne m&#8217;ont pas dispos\u00e9 \u00e0 l&#8217;enthousiasme, aussi forte soit ma foi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cartel\u00e9 entre la crainte de Dieu et la crainte des hommes, je me sens maintenant insoumis aux signes qui m&#8217;annoncent une nouvelle rencontre avec le C\u00e9leste. Je me r\u00e9volte contre cette id\u00e9e, je m&#8217;efforce de l&#8217;ignorer au point de la retarder peut-\u00eatre assez longtemps, au risque pour moi de moins prier, d&#8217;oublier un peu ma mission, et m\u00eame de m&#8217;\u00e9tourdir \u00e0 des projets de voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai eu un moment l&#8217;espoir de m&#8217;\u00eatre tromp\u00e9, ou d&#8217;avoir \u00e9cart\u00e9 l&#8217;\u00e9preuve, mais le 17 septembre, \u00e9tant revenu \u00e0 Ar\u00e8s, un d\u00e9sir irr\u00e9sistible de me purifier, de passer ma tunique et de m&#8217;enfermer dans la maison de pri\u00e8re me prend. Je prie et je psalmodie seul longuement. Brutalement tout vibre autour de moi ; je dirais l&#8217;air secou\u00e9 par un battoir \u00e9norme. De ce tourbillon sort une voix : \u00ab&nbsp;Sois pr\u00eat !&nbsp;\u00bb Ce jour, ma certitude qu&#8217;une manifestation surnaturelle se pr\u00e9pare est confirm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>1. PREMI\u00c8RE TH\u00c9OPHANIE (2 OCTOBRE 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>A. DEBUT DE LA MANIFESTATION DE DIEU :<\/p>\n\n\n\n<p>Dimanche 2 octobre 1977.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est 4 h 05 \u00e0 mon r\u00e9veil quand une rumeur venue du dehors me tire de mon sommeil. Voix r\u00eaches, cliquetis, froissement m\u00e9lang\u00e9s. J&#8217;\u00e9coute ; la rumeur fluctue ; par moments un bruit s&#8217;impose aux autres, chacun tour \u00e0 tour ; parfois la rumeur s&#8217;att\u00e9nue, devient un bourdonnement lointain.<\/p>\n\n\n\n<p>De mon lit j&#8217;\u00e9coute assez longuement. Peu \u00e0 peu des lueurs parviennent du jardin au fond du couloir o\u00f9 s&#8217;ouvre notre chambre. J&#8217;allume mon chevet. Christiane dort profond\u00e9ment, la joue gauche pos\u00e9e pliss\u00e9e sur sa main. Je la secoue par l&#8217;\u00e9paule pour la r\u00e9veiller ; sa peau est froide ; l&#8217;effet sur moi est angoissant. Je la secoue plus encore, en vain. Je me rends \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence : elle est l\u00e9thargique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me l\u00e8ve, je vais dans les chambres des enfants. En traversant le couloir, j&#8217;aper\u00e7ois \u00e0 l&#8217;autre bout, dans l&#8217;antichambre, des reflets lumineux violents. Je pense aussit\u00f4t au 10 d\u00e9cembre 1975.<\/p>\n\n\n\n<p><em>(Le 10 d\u00e9cembre 1975, 5h30 du matin, le fr\u00e8re Michel est lev\u00e9 et travaille \u00e0 son courrier. Une lumi\u00e8re surnaturelle aveuglante, vue depuis des localit\u00e9s \u00e9loign\u00e9es d&#8217;Ar\u00e8s, appara\u00eet sur le toit de la Maison de la Sainte Parole encore en chantier. Elle cause au fr\u00e8re Michel une conjonctivite douloureuse ; il est quasiment aveugle pendant deux semaines&nbsp;; sa vue en restera tr\u00e8s affaiblie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les t\u00e9moins publics de la prodigieuse illumination, trouv\u00e9e par voix d&#8217;annonce dans le journal \u00ab&nbsp;Sud-Ouest&nbsp;\u00bb, refusent d&#8217;apporter officielement leur t\u00e9moignage \u00e0 un fait qu&#8217;ils attribuent \u00e0 un O.V.N.I. et non au surnaturel. Pourtant aucune \u00ab&nbsp;soucoupe&nbsp;\u00bb n&#8217;\u00e9tait visible dans la lumi\u00e8re, mais la mentalit\u00e9 moderne accepte plus facilement la soucoupe que Dieu. )<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mais, en l&#8217;observant, la lumi\u00e8re est diff\u00e9rente. Anne et Nina sont froides, l\u00e9thargiques comme leur m\u00e8re ; seule Sara, la plus petite, para\u00eet avoir sa temp\u00e9rature et son sommeil habituels. Je passe dans la salle de bain. J&#8217;enfile un pantalon, ma tunique et des sandales. \u00c9mu, les jambes l\u00e2ches, j&#8217;entre dans l&#8217;antichambre. Le bruit s&#8217;amplifie ; je pense au grondement d&#8217;un lion \u00e0 l&#8217;approche d&#8217;un ennemi. Je ne sais pas comment je trouve encore le courage d&#8217;avancer. Par la porte-fen\u00eatre je vois l&#8217;air brasiller, et aussi devenu diaphane, comme si je n&#8217;apercevais la Maison de la Sainte Parole qu&#8217;\u00e0 travers un immense diamant scintillant de mille feux. Sans r\u00e9fl\u00e9chir, je prends dans la corbeille sur la commode la cl\u00e9 de la maison de pri\u00e8re et je sors.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;air que je traverse est \u00e9pais, mouill\u00e9, mais il ne pleut pas. Tout autour de moi \u00e9clatent les brasillements qui m&#8217;effraient. La rumeur m&#8217;enveloppe, de plus en plus forte. Soudainement ce bruit me fait dire : \u00ab Dieu des Arm\u00e9es\u2026 Dieu des Arm\u00e9es\u2026, maintenant je comprends. \u00bb Je comprends pourquoi les t\u00e9moins bibliques, qui durent vivre la m\u00eame exp\u00e9rience surnaturelle, appel\u00e8rent l&#8217;\u00c9ternel Dieu des Arm\u00e9es. Des compagnies en armes semblent s&#8217;agiter, s&#8217;interpeller partout ; une troupe c\u00e9leste fait escorte \u00e0 Celui qui m&#8217;attend dans la maison de pri\u00e8re. De l&#8217;int\u00e9rieur de celle-ci, une autre lumi\u00e8re traverse les verres de couleur des fen\u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;entre dans la maison de pri\u00e8re. Des murs coule de la lumi\u00e8re. Mais surtout, se joignant au concert des bruits ext\u00e9rieurs, toute la charpente craque, grince, \u00e9met des bruits indescriptibles comme ceux de projectiles tir\u00e9s dans la longueur des chevrons et des pannes que je m&#8217;attends \u00e0 voir exploser \u00e0 chaque seconde. L&#8217;air semble former des cristaux \u00e9normes, il remue en g\u00e9om\u00e9tries pointues, carr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Spectacle impartageable. Je tombe sur le sol et je crie : \u00ab Dieu ! \u00bb !Le front contre le carrelage je reste longtemps, je crois, au centre de ce bouleversement. Comme la nuit du 15 janvier 1974 j&#8217;ai tr\u00e8s froid, mais cette fois j&#8217;\u00e9prouve en plus une peur physique atroce : celle de sentir \u00e0 tout instant comme le b\u00e2timent s&#8217;effondrer sur moi. M\u00eame le sol est agit\u00e9, ondule.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu la lumi\u00e8re qui coule des murs s&#8217;embrase. On dirait qu&#8217;un souffle \u00e9norme pousse un feu. Au milieu de la maison de pri\u00e8re, \u00e0 hauteur du premier rang de si\u00e8ges, se dresse un b\u00e2ton de lumi\u00e8re, d&#8217;une lumi\u00e8re plus blanche et plus aveuglante que toutes les autres. Un b\u00e2ton haut et mince comme une canne, insoutenable pour mon regard qui le per\u00e7oit par clignements. C&#8217;est de ce trait lumineux vertical que me parvient la voix, qui me dit : Voil\u00e0 le Retour, ou bien Tu vois le Retour.<\/p>\n\n\n\n<p>B. D\u00c9ROULEMENT DE LA PREMI\u00c8RE TH\u00c9OPHANIE.<\/p>\n\n\n\n<p>(Not\u00e9 r\u00e9trospectivement en novembre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ma place, dans la Maison de la Sainte Parole, il y a toujours un petit \u00e9critoire. Il me permet de noter les recommandations ou les adresses des p\u00e8lerins \u00e0 l&#8217;issue des r\u00e9unions de pri\u00e8re. J&#8217;y inscris aussi des r\u00e9flexions personnelles pendant mes m\u00e9ditations. C&#8217;est sur cet \u00e9critoire que je transcris le message que me livre la voix sortie du b\u00e2ton de lumi\u00e8re. Bien que sa lumi\u00e8re f\u00fbt diff\u00e9rente d&#8217;un feu, et beaucoup plus violente, ce b\u00e2ton, combien de fois m&#8217;a-t-il fait penser \u00e0 un buisson fameux !<\/p>\n\n\n\n<p>Le 2 octobre, d\u00e8s les premiers mots du message je suis surpris, presque indispos\u00e9, par sa syntaxe et son vocabulaire pauvres, son expression d\u00e9pouill\u00e9e \u00e0 l&#8217;extr\u00eame. Cette langue apparemment primitive, en fait primordiale, me donne des difficult\u00e9s d&#8217;adaptation. Peu \u00e0 peu, cependant, comme l&#8217;enfant maternelle, mon esprit se familiarise avec les mots et les tournures du message que je<\/p>\n\n\n\n<p>re\u00e7ois en 1977,, donn\u00e9 par Quelqu&#8217;un de beaucoup plus haut, de beaucoup plus \u00ab vaste \u00bb, d&#8217;infiniment plus important que l&#8217;envoy\u00e9 c\u00e9leste de 1974 ; un message de l&#8217;\u00c9ternel lui-m\u00eame. \u00c9coutez et jugez de la langue \u00e9tonnante :<\/p>\n\n\n\n<p>(Quand) le Bon (J\u00e9sus) descend, il est bas. Il va (\u00e0) droite, il est (\u00e0) droite\u2026 (Si Moi, Dieu,) Je descends, Je suis haut. (Si) Je vais (\u00e0) droite, Je suis (au) milieu. (Je suis) Etal\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sens de ces Paroles est confirm\u00e9 et pr\u00e9cis\u00e9 par les r\u00e9v\u00e9lations qui suivent au long de l&#8217;automne : J\u00e9sus, quoique glorifi\u00e9, nanti d&#8217;une mission divine qui le pourvoit d&#8217;une gloire qu&#8217;aucun homme entr\u00e9 dans l&#8217;\u00e9ternit\u00e9 n&#8217;a jamais re\u00e7ue auparavant \u2014 peut-\u00eatre m\u00eame aucun ange \u2014, demeure soumis \u00e0 des limites, celles de la royaut\u00e9 terrestre dont il est charg\u00e9. Il est soumis aussi \u00e0 des lois quasi physiques ; notamment il se d\u00e9place, alors que l&#8217;auteur du message de 1977 se dit \u00e9tal\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire celui qui est partout en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<p>C. LA FIN DE LA MANIFESTATION DIVINE.<\/p>\n\n\n\n<p>(Not\u00e9 le jour m\u00eame, 2 octobre 1977 )<\/p>\n\n\n\n<p>Dieu a fini de d\u00e9livrer son message .J&#8217;attends. La voix se tait. Ce que j&#8217;assimilais tout \u00e0 l&#8217;heure \u00e0 des \u00ab tirs \u00bb \u2014 fracas arrivant par pulsions comme des projectiles dans le bois de la charpente \u2014 s&#8217;espace. Peu \u00e0 peu le bois geint plus qu&#8217;il ne craque.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers mes paupi\u00e8res \u2014 ferm\u00e9es devant l&#8217;\u00e9clat du b\u00e2ton de lumi\u00e8re \u2014 je per\u00e7ois que la clart\u00e9 baisse. J&#8217;entrouvre les yeux ; le b\u00e2ton de lumi\u00e8re a disparu. Les murs ont retrouv\u00e9 leur blancheur de chaux, mais ici et l\u00e0 se forment encore des sortes de tourbillons de particules lumineuses, vortexs a\u00e9riens de couleur rose-orang\u00e9e, qui durent un instant et s&#8217;\u00e9teignent pour r\u00e9appara\u00eetre aussi subitement quelques m\u00e8tres plus loin, ou plus haut, ou plus bas.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que ces ph\u00e9nom\u00e8nes se forment maintenant dans le fond de mon oeil, profond\u00e9ment impressionn\u00e9 comme un film photographique par l&#8217;intense lumi\u00e8re tout \u00e0 l&#8217;heure. Je me frotte les yeux, je suis dans un grand malaise. Nature pr\u00e9cise, je souffre de ne pas pouvoir exactement me situer, hors ou dans l&#8217;\u00e9v\u00e9nement que je viens de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers les vitres color\u00e9es des ouvertures, je vois l&#8217;aube. Le bois craque encore par instants, comme des grosses braises qui se refroidissent. Ces bruits, c&#8217;est net, sont ext\u00e9rieurs \u00e0 moi ; ils me rassurent : l&#8217;\u00e9v\u00e9nement ne s&#8217;est pas d\u00e9roul\u00e9 dans mon esprit, mais bien r\u00e9ellement autour de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai froid. Alors, passant ma main gauche sur le dos de ma main droite, je d\u00e9couvre que je suis couvert de ros\u00e9e. Je me l\u00e8ve p\u00e9niblement, ankylos\u00e9. Je m&#8217;approche d&#8217;un mur, je le caresse, lui aussi est couvert de ros\u00e9e. J&#8217;aspire profond\u00e9ment : l&#8217;air est satur\u00e9 d&#8217;eau. Un \u00e9norme ph\u00e9nom\u00e8ne de condensation fait suite au surnaturel dans la Maison de la Sainte Parole, habituellement si saine.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;humidit\u00e9 et sa fra\u00eecheur, l&#8217;\u00e9puisement, m&#8217;abattent ; je claque des dents. Je sors. Au dehors la m\u00eame condensation \u00e9tale la ros\u00e9e partout, sur le sol, les fa\u00e7ades, les toits. L&#8217;humidit\u00e9 alourdit ma tunique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&#8217;est qu&#8217;en rentrant chez moi que je sens le sec, qui ranime mes forces. Je sors tout \u00e0 coup de mon abattement. Je retourne d&#8217;un pas vif dans la maison de pri\u00e8re. J&#8217;y prends le bloc sur quoi j&#8217;ai not\u00e9 le message du b\u00e2ton de lumi\u00e8re, et, serrant pr\u00e9cieusement le papier mouill\u00e9, je retourne chez moi.<\/p>\n\n\n\n<p>2. LA DEUXI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE (9 OCTOBRE 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>A. L&nbsp;&#8216;ange apparu sur la plage le 8 octobre (Not\u00e9 le lendemain)<\/p>\n\n\n\n<p>Le 8 octobre, quelques heures avant que Dieu ne m&#8217;appelle dans la Maison de la Sainte Parole, je fais une marche jusqu&#8217;\u00e0 la plage. Debout sur le sable mouill\u00e9, je hume la brise marine. Je contemple ce bassin d&#8217;Arcachon qu&#8217;en quatre ans j&#8217;ai appris \u00e0 appr\u00e9cier chaque jour davantage, si vari\u00e9 d&#8217;une mar\u00e9e \u00e0 l&#8217;autre, d&#8217;un ciel \u00e0 l&#8217;autre. Les bateaux clapotent pr\u00e8s des claires. Le paysage, les bruits, l&#8217;air rincent mon esprit de ses peines ; j&#8217;oublie l&#8217;affreux insecte eccl\u00e9siastique, qui m&#8217;a charg\u00e9 de ses \u00e9lytres dor\u00e9s le jour pr\u00e9c\u00e9dent. Je suis rass\u00e9r\u00e9n\u00e9 ; je ne pense plus qu&#8217;\u00e0 ce que je vois : \u00ab Tiens, dis-je en moi-m\u00eame, beaucoup de touristes de l&#8217;\u00e9t\u00e9 ont encore laiss\u00e9 l\u00e0 leur bateau. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;ordinaire, les voiliers de plaisance sont tir\u00e9s \u00e0 terre et emport\u00e9s vers les garages d&#8217;hivernage d\u00e8s la fin de septembre. C&#8217;est dans l&#8217;instant o\u00f9 mon esprit est d\u00e9tendu, port\u00e9 sur ce d\u00e9tail futile, que je sens pr\u00e8s de moi une pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 dix m\u00e8tres \u00e0 ma droite, sortant de nulle part \u2014 sur une plage on voit loin ; or, je n&#8217;ai vu approcher personne \u2014 un \u00eatre tr\u00e8s beau me sourit. Je le distingue \u00e0 la fois bien et mal ; une seconde il me semble pr\u00e8s, l&#8217;autre seconde il me para\u00eet loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Flotte-t-il au-dessus du sable ? Cela aussi je ne peux le dire. Sa stature est d&#8217;un humain normal ; dans son ensemble, il est d&#8217;un bel ocre p\u00e2le avec des cheveux plus clairs. Il ne cesse pas de me sourire. Sans crainte, je m&#8217;avance vers lui, mais la distance qui nous s\u00e9pare ne varie pas. Je parcours ainsi plusieurs dizaines de m\u00e8tres, jusqu&#8217;\u00e0 me trouver \u00e0 la hauteur du club nautique ; l&#8217;\u00eatre souriant n&#8217;est jamais atteint.<\/p>\n\n\n\n<p>Je jette un coup d&#8217;oeil derri\u00e8re moi, \u00e0 gauche et \u00e0 droite, je n&#8217;aper\u00e7ois, d\u00e9j\u00e0 sombre dans le soir, qu&#8217;un homme du c\u00f4t\u00e9 du club. Je crois qu&#8217;il s&#8217;agit de M. Dubet, le parqueur qui demeure l\u00e0. Il vient au bord de l&#8217;esplanade comme intrigu\u00e9, scrute un moment dans ma direction puis dans la direction de l&#8217;\u00eatre surnaturel qui me sourit toujours. Cet homme qui observe me g\u00eane, bien qu&#8217;il soit \u00e0 une quarantaine de m\u00e8tres ; j&#8217;\u00e9prouve la honte d&#8217;\u00eatre dans une situation bizarre, impossible. Je tourne les talons et je reviens sur mes pas vers l&#8217;a\u00e9rium, comme si je venais d&#8217;\u00eatre surpris en compagnie d&#8217;un ind\u00e9sirable.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors la voix de l&#8217;\u00eatre souriant m&#8217;atteint au coeur. Je ne crois pas que mes oreilles l&#8217;entendent, mais dans ma poitrine je la per\u00e7ois, comme un murmure fort qui monte du sol par mes jambes, mon ventre, jusqu&#8217;au coeur. Je me retourne et dans les cheveux clairs de l&#8217;\u00eatre toujours souriant \u00e9trangement, qui m&#8217;a suivi, je vois briller je ne sais quoi. Sa voix me dit : \u00ab O\u00f9 fuis-tu ? \u00bb Puis les paroles que voici entrent en moi ; elles disent \u00e0 peu pr\u00e8s, si ma m\u00e9moire me les rappelle bien : \u00ab Tu ne t&#8217;es pas illumin\u00e9 toi-m\u00eame. Tu t&#8217;\u00e9tais r\u00e9joui tout ton saoul des joies de la terre. Longtemps le Ma\u00eetre de Tout t&#8217;avait recherch\u00e9, tu lui avais \u00e9chapp\u00e9 de nombreuses fois. Mais \u00e0 pr\u00e9sent tu es dans sa Paume, et Il t&#8217;y tient fortement. Tu as le pouvoir de transmettre (sa Parole). \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;ange \u2014 car c&#8217;est peut-\u00eatre un ange \u2014 poursuit : \u00ab Le Ma\u00eetre redouble d&#8217;attention et de soins pour toi chaque fois que les voix du monde t&#8217;attirent encore. Il a r\u00e9uni pour te guetter, t&#8217;\u00e9viter des faux pas, plusieurs serviteurs du Tr\u00f4ne. Ils discutent de la fa\u00e7on de te faire accomplir ta mission. Ses deux plus grands serviteurs m&#8217;envoient pr\u00e8s de toi. Tu me vois ; ensuite tu me verras encore, mais rarement. Cependant, je suis l\u00e0 ; je vois tes actes bons et tes actes mauvais. Je vois tes hardiesses pour le Ma\u00eetre de tout, et je vois tes l\u00e2chet\u00e9s. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis qu&#8217;il parle en dedans de moi (je suis s\u00fbr que c&#8217;est lui qui me parle), l&#8217;\u00eatre souriant, \u00eatre c\u00e9leste, peut-\u00eatre un ange, para\u00eet indiff\u00e9rent \u00e0 ce qu&#8217;il prononce. Malgr\u00e9 son sourire ineffa\u00e7able, il donne l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre perdu dans des pens\u00e9es profondes, et pourtant, par \u00e9clairs, quelque chose d&#8217;avis\u00e9 et d&#8217;obligeant luit dans son regard. Il vient de prononcer dans ma poitrine ses derni\u00e8res paroles, il irradie tout \u00e0 coup d&#8217;une chaleur de brasier. En quelques secondes mon visage cuit ; je recule devant ce \u00ab feu \u00bb. Dans le flottement de l&#8217;air \u00e9chauff\u00e9 autour de lui l&#8217;\u00eatre c\u00e9leste dispara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit est pr\u00e8s de tomber. La temp\u00e9rature redevient rapidement normale et m\u00eame, par contraste, me fait l&#8217;effet du froid. Sous la derni\u00e8re clart\u00e9 du jour je m&#8217;approche du lieu o\u00f9 l&#8217;envoy\u00e9 des serviteurs du Ma\u00eetre de Tout se tenait debout, mais sur le sable rien, pas d&#8217;empreinte de pied, pas la moindre trace d&#8217;effleurement.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre \u00e9tait-il plus loin, ou plus pr\u00e8s ? J&#8217;examine la plage tout autour du point o\u00f9 je voyais l&#8217;ange ; sur le sol il n&#8217;y a que des marques habituelles. Je rentre \u00e0 la maison, m\u00e9ditatif, mais paisible. Encore quelques heures et, dans le courant de la nuit, l&#8217;appel divin va pour la deuxi\u00e8me fois \u00eatre lanc\u00e9 vers le monde depuis la Maison de la Sainte Parole.<\/p>\n\n\n\n<p>B. D\u00c9BUT DE LA DEUXI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE (Not\u00e9 le 9 octobre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>9 octobre au matin. C&#8217;est \u00e0 3 h 15 que, cette nuit, les bruits d&#8217;arm\u00e9e me r\u00e9veillent. Sit\u00f4t ouverts, mes yeux voient, comme le 2 octobre, les lueurs parvenant depuis le jardin jusqu&#8217;au fond du couloir o\u00f9 s&#8217;ouvre notre chambre. Je secoue Christiane. Comme le 2 octobre elle est l\u00e9thargique. L\u00e9thargiques, sauf Sara qui est tr\u00e8s chaude et profond\u00e9ment endormie, sont aussi mes filles Nina et Anne, sur lesquelles je me penche dans leur chambre.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-dehors la rumeur fluctue, passant du bourdonnement sourd au cliquetis bruyant. Jusqu&#8217;alors les choses se passent comme elles se sont pass\u00e9es sept jours plus t\u00f4t. Je m&#8217;habille dans la salle de bain, puis j&#8217;entre dans l&#8217;antichambre. De l\u00e0 d\u00e9j\u00e0, observant derri\u00e8re les vitres de la porte-fen\u00eatre, je me rends compte d&#8217;un changement : la lumi\u00e8re, qui ne coulait qu&#8217;\u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la Maison de la Sainte Parole le 2 octobre, ondoie le long des murs ext\u00e9rieurs, plus fortement le long du pignon sous le campanile.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re la porte-fen\u00eatre, paralys\u00e9 par l&#8217;appr\u00e9hension de sortir, je fixe le ph\u00e9nom\u00e8ne lumineux : une lave qui serait blanche au lieu de rouge, qui coulerait le long du mur, et semblerait par veines remonter \u00e0 contre-courant dans la coul\u00e9e de lumi\u00e8re, moins intense en bas, comme refroidie au cours de sa descente.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce moment d&#8217;\u00e9motion intense, je trouve le moyen de penser ; je d\u00e9couvre que les mots religieux pour d\u00e9crire le surnaturel sont artificiels, une invention c\u00e9r\u00e9brale, non le fruit de l&#8217;exp\u00e9rience, des noms fictifs, conventionnels, sans valeur objective, qui ne donnent aucune connaissance des choses d\u00e9sign\u00e9es. Je comprends que ceux qui parlent du surnaturel ne l&#8217;ont jamais vu et n&#8217;ont rencontr\u00e9 personne qui l&#8217;ait vu. De quel mot puis-je user pour d\u00e9signer cette coul\u00e9e de lumi\u00e8re qui a les dimensions d&#8217;un solide ou d&#8217;un fluide ? Si, depuis le 2 octobre, Christiane mon \u00e9pouse, ne me priait pas de d\u00e9crire tout ce que je vois et entends, m\u00eame tant bien que mal, je resterais muet.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis certain de ne pas pouvoir exprimer la r\u00e9alit\u00e9 que j&#8217;ai sous les yeux comme celle, tout aussi indescriptible, qui emplit mes oreilles. Je me sens tr\u00e8s malheureux de voir ce que les autres ne peuvent pas voir. Ceux qui ont quelque lourd secret \u00e0 garder doivent, je l&#8217;imagine, \u00e9prouver le m\u00eame poids.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers la porte-fen\u00eatre j&#8217;entends mon nom ; deux syllabes nettes : Mi-chel , qui tombent en moi comme des plombs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&#8217;est pas la voix de Dieu, que je connais depuis le 2 octobre ; c&#8217;est une voix terrible. La terreur me saisit ; je me sens pris en faute de couardise, ou de lassitude, je ne sais pas tr\u00e8s bien. Rappel\u00e9 \u00e0 l&#8217;ordre, je me pr\u00e9cipite au-dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Je commence \u00e0 traverser le bruit d&#8217;arm\u00e9e qui, comme le 2 octobre, s&#8217;amplifie au fur et \u00e0 mesure que j&#8217;approche de la Maison de la Sainte Parole, jusqu&#8217;\u00e0 devenir un rugissement \u00e9norme. Je m&#8217;arr\u00eate aux deux tiers du trajet, soudain pacifi\u00e9 par une id\u00e9e idiote : En une seconde je me suis mis \u00e0 croire tr\u00e8s s\u00e9rieusement qu&#8217;il me suffirait de rire et de rebrousser chemin pour que tout ce surnaturel s&#8217;\u00e9vanouisse comme une illusion. Il monte en moi tout \u00e0 coup un tel amour de la vie terrestre que je m&#8217;imagine qu&#8217;il peut avoir raison, en un instant, de cette \u00e9preuve descendue du Ciel. Il me para\u00eet impossible qu&#8217;un d\u00e9sir si intense d&#8217;\u00eatre ailleurs, d&#8217;oublier, de laisser tout cela aux mystiques, \u00e0 ceux qui courent apr\u00e8s le surnaturel sans jamais le trouver, ne puisse pas vaincre le destin que me pr\u00e9pare Dieu. Je sais que c&#8217;est lui qui m&#8217;attend, et je me sens le courage de le d\u00e9fier.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me concentre sur mon espoir d&#8217;\u00e9vasion loin de cette \u00e9preuve, sur mon espoir de r\u00e9veil, si Dieu qui m&#8217;afflige n&#8217;est qu&#8217;un r\u00eave. Mais pas de r\u00eave ; rien ne change autour de moi ; je suis au coeur d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 tenace. La lumi\u00e8re coule toujours depuis le haut du pignon jusqu&#8217;au pied du mur sous le campanile, et le bruit \u00e9prouve toujours mes oreilles. Peu \u00e0 peu, pourtant, une odeur merveilleuse m&#8217;environne. Elle doit \u00eatre forte, car, cass\u00e9 par de gros rhumes fr\u00e9quents, mon odorat est presque nul \u2014 c&#8217;est maintenant Christiane qui me sert de nez \u2014. Le parfum merveilleux entre dans mes narines comme une consolation, et je suis s\u00fbr que dans ce moment-l\u00e0 c&#8217;est la Bont\u00e9 consolatrice qui r\u00e9pond \u00e0 mes folles pens\u00e9es. Je franchis alors la distance qui me s\u00e9pare encore de la Maison de la Sainte Parole. Surmontant mon appr\u00e9hension, j&#8217;ouvre la porte et j&#8217;entre.<\/p>\n\n\n\n<p>C. D\u00c9ROULEMENT DE LA DEUXI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>(Suite des notes du 9 octobre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur de la maison de pri\u00e8re, lumi\u00e8res et bruits se reproduisent comme le 2 octobre. Comme le 2 octobre, m\u00fb par les habitudes que j&#8217;ai dans ce lieu, je me rends \u00e0 ma place, le dos au poteau ouest ; je m&#8217;agenouille, tremblant, attendant le b\u00e2ton ardent. Comme le buisson ardent devant Mo\u00efse, ce b\u00e2ton est embras\u00e9 mais ne se consume pas.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;attends longtemps sous la charpente qui semble exploser, comme travers\u00e9e de projectiles, ainsi que je l&#8217;ai d\u00e9crit dimanche dernier.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;impression d&#8217;explosion est telle que, lorsque le fracas se fait plus violent, il s&#8217;en faut de peu que je m&#8217;enfuie. Le b\u00e2ton ardent se forme progressivement devant moi jusqu&#8217;\u00e0 devenir intense, insoutenable. Je remarque que le parfum merveilleux flotte \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur comme au-dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Du b\u00e2ton de lumi\u00e8re me parvient la voix : \u00ab&nbsp;La porte (pour)suit la porte; elles tournent\u2026 (Mais, de la) bouche de Y\u00ebchou, (de la) bouche de Mouhamad, toi (tu sors comme) le feu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La voix continue un peu, puis fait silence un long moment. D&#8217;une voix plus forte, Dieu reprend son message par un de ses passages les plus heurt\u00e9s, les plus lapidaires : \u00ab&nbsp;Adame frappe l&#8217;arbre de (la) Parole. (Blessure) ouvert(e). L&#8217;arbre pleure le sang&#8230;.&nbsp;\u00bb.( R\u00e9v. d&#8217;Ar\u00e8s XIV).<\/p>\n\n\n\n<p>Le message se poursuit, puis Dieu s&#8217;interrompt \u00e0 nouveau avant que la nuit ne s&#8217;ach\u00e8ve, pour autant que je puisse, noy\u00e9 dans un flot de lumi\u00e8re, me rendre compte de la couleur du ciel au-dehors. La lumi\u00e8re continue de couler des murs, ou bien ruisselle en tra\u00een\u00e9es minces le long des chevrons ; au centre de la salle le plus fort \u00e9clat domine toujours, celui du b\u00e2ton, de lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre le b\u00e2ton ardent et moi, je vois soudain d\u00e9filer devant moi des dormeurs ou des morts. Diaphanes. S&#8217;ajoutant au cliquetis d&#8217;arm\u00e9e du dehors et aux craquements ininterrompus de la charpente, un bruit de souffle ; ce son creux rythm\u00e9 comme de respirations humaines accompagne le d\u00e9fil\u00e9 sortant du mur \u00e0 ma droite et entrant dans le mur \u00e0 ma gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des dormeurs ou des morts se pr\u00e9sentant sur le flanc, sur le ventre, sur le dos, que d\u00e9placeraient d&#8217;invisibles porteurs. Certains vont deux par deux, dos \u00e0 dos ou t\u00eate \u00e0 pied. Tous sont adultes; point d&#8217;enfants ; la plupart paraissent d&#8217;\u00e2ge m\u00fbr, certains tr\u00e8s vieux ; certains sont gras et d&#8217;autres, d\u00e9charn\u00e9s, ont les os qui pointent \u00e0 travers la peau.<\/p>\n\n\n\n<p>Hommes ? Femmes ? Aucun sexe ; au bas du ventre rien que la peau ; pas de seins, ni d&#8217;homme, ni de femme ; pas de poil non plus, sauf les cheveux. Leurs yeux sont ferm\u00e9s, mais leur bouche est souvent ouverte. Le bruit de souffle est ininterrompu ; je le distingue bien malgr\u00e9 le bruit d&#8217;arm\u00e9e au-dehors et les craquements de la charpente. Est-ce la respiration de porteurs invisibles, dont le l\u00e9ger balancement des dormeurs sugg\u00e9rerait la marche ?<\/p>\n\n\n\n<p>Une voix dit, juste derri\u00e8re moi : \u00ab Les proph\u00e8tes. \u00bb Je sens le besoin d&#8217;\u00e9chapper \u00e0 l&#8217;\u00e9motion ; je parle au hasard pour me d\u00e9contracter la poitrine : \u00ab Qui est Abraham ? Qui sont Isaac, Jacob ? Lequel est Mo\u00efse, lequel J\u00e9r\u00e9mie ? Nahoum ? Isa\u00efe ? Amos ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois nommer, comme par automatisme, tous les proph\u00e8tes bibliques. Mais je n&#8217;attends pas de r\u00e9ponse ; parler me fait du bien. Ils passent, dormeurs attendant la r\u00e9surrection. Cette id\u00e9e m&#8217;angoisse soudainement et je cesse d&#8217;\u00e9num\u00e9rer les proph\u00e8tes en ritournelle pour lancer une vraie question : \u00ab Est-ce l\u00e0 des \u00e2mes ? Dorment-elles ? \u00bb Pas de r\u00e9ponse. Je crie : \u00ab Les Hauteurs Saintes, est-ce un cimeti\u00e8re, un dortoir ? N&#8217;est-ce pas la Vie ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne crie peut-\u00eatre pas ; peut-\u00eatre que je pense seulement \u00e0 m&#8217;en faire \u00e9clater la t\u00eate. La voix revient derri\u00e8re moi, plut\u00f4t douce : \u00ab Redoutable, le sort des proph\u00e8tes ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors je comprends. Sauf \u00c9lie, J\u00e9sus et d&#8217;autres, qui ont vaincu l&#8217;erreur, le mal et la peur, des proph\u00e8tes peuvent commettre des fautes qui p\u00e8sent sur eux plus lourdement que les p\u00e9ch\u00e9s de ceux qui croient sans voir et sans entendre Dieu ou ses messagers. Le poids de Dieu alourdit l&#8217;\u00e2me de son t\u00e9moin, au point que ses efforts ascensionnels doivent \u00eatre multipli\u00e9s. Le proph\u00e8te n&#8217;est ni dispens\u00e9 d&#8217;\u00eatre vertueux ni immunis\u00e9 contre le p\u00e9ch\u00e9 et l&#8217;adversit\u00e9. Il assume d&#8217;un bout \u00e0 l&#8217;autre tous les risques de sa mission proph\u00e9tique, m\u00eame s&#8217;il ne l&#8217;a pas choisie, m\u00eame si elle lui est impos\u00e9e directement d&#8217;En-Haut. Ici-bas son salaire est celui de l&#8217;ouvrier, que lui verse ceux qui re\u00e7oivent son message. \u00c0 la fin, il lui est demand\u00e9 des comptes ; moment difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Mo\u00efse meurt sans m\u00eame vivre l&#8217;ach\u00e8vement de l&#8217;Exode. Au-del\u00e0 de la mort, combien de proph\u00e8tes atteignent les Hauteurs et leur Lumi\u00e8re ? Peut-\u00eatre ai-je vu Mo\u00efse et Mahomet dans ces corps pantelants, presque cadavres, fig\u00e9s dans l&#8217;inconscience de je ne sais quels sombres limbes, au pied des grands pics de la Montagne Sainte qu&#8217;ils avaient tant esp\u00e9r\u00e9 atteindre. Comme je comprends le sens de&nbsp;: en attendant Mon Jour .<\/p>\n\n\n\n<p>De mon si\u00e8ge je me laisse glisser sur les genoux, je me prosterne, ou plut\u00f4t je m&#8217;effondre, secou\u00e9 de pleurs, devant le b\u00e2ton lumineux. Entre lui et moi d\u00e9filent encore les dormeurs, ou les morts.<\/p>\n\n\n\n<p>Une pens\u00e9e consolatrice me traverse : Au moins, les proph\u00e8tes semblent \u00e9chapper aux t\u00e9n\u00e8bres glac\u00e9es. Ces limbes-dortoir ou limbes-cimeti\u00e8re des proph\u00e8tes sont-ils un des sept Ciels de la r\u00e9v\u00e9lation, celui qui leur serait r\u00e9serv\u00e9 ? Un ciel bas, une sorte d&#8217;entresol ?<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout d&#8217;un moment je me redresse sur les genoux. Devant mes yeux passent encore des corps allong\u00e9s. Certains ont la chair aplatie contre leur civi\u00e8re invisible, la bouche tordue du crawleur en plein effort, mais les bras pendants, sans vie. L&#8217;un des dormeurs me para\u00eet parcouru de frissons. Combien ont d\u00e9fil\u00e9 devant moi ? Plus de cent, je pense.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le d\u00e9fil\u00e9 des proph\u00e8tes endormis s&#8217;estompe, puis dispara\u00eet. Les lumi\u00e8res sur les murs et le b\u00e2ton ardent demeurent. C&#8217;est donc que la voix de Dieu se fera encore entendre. En attendant, je r\u00e9cite P\u00e8re de l&#8217;Univers sur P\u00e8re de l&#8217;Univers, tout en observant un point lumineux, gros comme un melon, plus intense que la lumi\u00e8re murale devant laquelle il se prom\u00e8ne, entre sol et toit, comme le faisceau d&#8217;un projecteur puissant qui cherche. Il monte, descend, fait des cercles. Peu \u00e0 peu je discerne dans le cercle lumineux des ombres dessinant deux yeux, un nez, une bouche. C&#8217;est vague. Pour voir de plus pr\u00e8s, je me dresse instinctivement, mais je me rassois subitement, craintif devant le b\u00e2ton ardent. D&#8217;ailleurs, je distingue maintenant nettement le visage anonyme et enfantin \u2014 visage de ch\u00e9rubin ? \u2014 dans la boule de lumi\u00e8re qui se prom\u00e8ne sans cesse dans l&#8217;air.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;attends toujours. Mes doigts ont enfl\u00e9. Je les ouvre et je les ferme \u00e0 plusieurs reprises, \u00e9tonn\u00e9 par cette sensation de doigts boudin\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine mon esprit curieux demande-t-il \u00e0 ma raison d&#8217;expliquer le visage volant et l&#8217;enflure de mes mains, la voix de Dieu s&#8217;\u00e9l\u00e8ve du b\u00e2ton de lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le message reprend son cours. \u00c0 force de fixer le b\u00e2ton \u00e9clatant, chaque fois que je l\u00e8ve le nez de mon \u00e9critoire \u2014 moins pour regarder ce b\u00e2ton de lumi\u00e8re que pour tenter de surprendre le point d&#8217;o\u00f9 sort la voix \u2014, je finis par ne plus voir qu&#8217;\u00e9blouissements, des constellations d&#8217;\u00e9clairs. J&#8217;en perds la notion des distances et des volumes ; je ne vois plus mon bloc, j&#8217;\u00e9cris \u00e0 l&#8217;aveuglette. Je ne sais plus si le b\u00e2ton est proche ou loin, sous mon nez ou \u00e0 l&#8217;autre bout de la maison. Les \u00e9clairs pleuvent devant mes yeux. Au moment o\u00f9 j&#8217;\u00e9cris ces notes, trois heures plus tard, j&#8217;en ai mal sur le haut des globes oculaires, et des \u00e9clairs, maintenant en n\u00e9gatif, noirs, \u00e9clatent encore au fond de mon oeil.<\/p>\n\n\n\n<p>Dieu poursuit sa r\u00e9v\u00e9lation. Je comprends le drame de la chair, qui est de s&#8217;\u00eatre d\u00e9sadapt\u00e9e de la \u00ab physique \u00bb de Dieu. Je me sens tout chose de ce drame avec mes yeux \u00e9blouis et douloureux, ma tunique tremp\u00e9e, mes mains enfl\u00e9es. Ah ! Je voudrais \u00eatre sans fronti\u00e8re avec Dieu, comme le poisson voudrait \u00eatre sans fronti\u00e8re avec l&#8217;air, quand la ligne le tire hors de son eau. Mon sang frappe contre ma peau et contre mon cr\u00e2ne, comme si lui aussi voulait rompre cette fronti\u00e8re qui l&#8217;emprisonne.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00e9preuve de Dieu est morale, parce que son regard, invisible, mais dont vous sentez le percement vif, vous sonde jusqu&#8217;au coeur. Elle est aussi physique, parce que vous et lui, vous proc\u00e9dez de deux mat\u00e9rialit\u00e9s (et sans doute aussi de deux mat\u00e9rialismes) devenues incompatibles. Elles \u00e9taient admirablement compatibles avant le p\u00e9ch\u00e9, au temps heureux o\u00f9 Dieu rendait visite \u00e0 Adam et \u00c8ve dans la fra\u00eecheur du soir.<\/p>\n\n\n\n<p>D. FIN DE LA DEUXI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE (Suite des notes du 9 octobre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>Si dur est aujourd&#8217;hui mon effort pour suivre la voix de Dieu, pour ne pas fuir l&#8217;\u00e9preuve de la lumi\u00e8re et du bruit, si difficile est mon \u00e9preuve qu&#8217;aucun moment heureux de ma vie ne m&#8217;a donn\u00e9 le centi\u00e8me de bonheur que me donne la disparition du b\u00e2ton ardent, suivie de l&#8217;extinction graduelle des lumi\u00e8res et des bruits. Quand je me retrouve seul dans la p\u00e2leur du jour terrestre et dans le silence de ce dimanche matin, mon v\u00eatement inond\u00e9 de ros\u00e9e comme les murs, pareillement au 2 octobre, j&#8217;\u00e9prouve ce que j&#8217;imagine \u00eatre le soulagement merveilleux du noy\u00e9 pass\u00e9 par les affres de l&#8217;asphyxie apr\u00e8s avoir nag\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 il \u00e9puisement, et qu&#8217;on tire au dernier moment, encore conscient, du fleuve qui l&#8217;emporte. Dans ces instants de grande douleur physique et morale, entre la vie et la mort, je crus voir comme mon \u00e2me, quelque chose de blanc, et que je sentais \u00e9ternel. Mon \u00e2me qui se levait comme une brume au-dessus de ma chair.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant j&#8217;ai repris contact avec la terre et son quotidien. Je sors de la maison de pri\u00e8re, tremp\u00e9 de cette ros\u00e9e qui mouille \u00e9galement tout \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur : toits, murs, arbres qui d\u00e9gouttent, sol et vitres ruisselantes des fen\u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, je pousse un cri. Un cri animal, sans autre raison que de crier pour me prouver que je vis, que je suis chez moi, et que tout \u00e0 l&#8217;heure je vais revoir ma femme et mes trois filles. Et le cri s&#8217;\u00e9crase sans \u00e9cho sur les murs qui cernent le jardin ; ce cri me semble presque un silence compar\u00e9 aux \u00e9clats sonores de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement surnaturel que je viens de vivre. Ce cri terne finit de me replacer sur terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un oiseau passe lentement, planant dans la brise. Le soleil levant, que je devine derri\u00e8re les hauts ch\u00eanes du boulevard de l&#8217;A\u00e9rium, se refl\u00e8te sur son plumage. Le vent du matin sent le pin. Un camion passe en frappant des ridelles et son bruit me para\u00eet doux. Je respire profond\u00e9ment, debout sur les dalles de pierre, le nez en l&#8217;air, pliant et d\u00e9pliant machinalement les papiers sur quoi j&#8217;ai transcrit le long message de cette nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense. Je pense \u00e0 l&#8217;ange que j&#8217;ai vu la veille sur la plage. Je pense au visage du ch\u00e9rubin dans sa boule vitreuse, qui volait tout \u00e0 l&#8217;heure entre sol et toit, plus lumineux que les lumi\u00e8res des murs, moins que le b\u00e2ton ardent. J&#8217;en conclus : \u00ab Hi\u00e9rarchie de lumi\u00e8re. \u00bb D&#8217;autres pens\u00e9es, jaillies dans ma t\u00eate encore toute vibrante du prodige, se saccadent, s&#8217;espacent, disparaissent. &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Dieu est \u00e9tal\u00e9 dans un espace infini. Or, nous ne pouvons pas avoir notion de l&#8217;infini. Dans cet espace, de toute fa\u00e7on, un homme est moins qu&#8217;un atome, un infime principe, mais qui emprisonne l&#8217;id\u00e9e gigantesque, cosmique, de Dieu. Si Dieu peut rencontrer l&#8217;homme, c&#8217;est parce qu&#8217;il peut s&#8217;emprisonner un court moment dans le petit, si petit espace de l&#8217;homme. J&#8217;ai bien senti que, dans ce moment-l\u00e0, la souffrance de Dieu vaut celle de l&#8217;homme qu&#8217;il visite. Les bruits qui accompagnent sa visite sont peut-\u00eatre ses plaintes, et la lumi\u00e8re qui coule le long des murs ses larmes. Pens\u00e9e personnelle seulement ; pas d&#8217;affirmation doctorale. L&#8217;homme religieux est tout subjectif ; cependant, depuis 1974, le surnaturel redevenu concret a permis \u00e0 l&#8217;homme de repasser du subjectif spirituel \u00e0 l&#8217;objectif. &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais et viens ; j&#8217;ai froid, mais je ne me d\u00e9cide toujours pas \u00e0 entrer chez moi. Je veux prier. Priant, j&#8217;ai l&#8217;impression \u00e0 pr\u00e9sent d&#8217;engager un dialogue avec deux Dieux s\u00e9par\u00e9s, celui que j&#8217;imaginais avant, et celui que je d\u00e9couvre maintenant. Je parle ici de la difficult\u00e9 de mon intelligence \u00e0 coller sur le Dieu cach\u00e9, invisible derri\u00e8re le J\u00e9sus de 1974, le Dieu qui vient de se montrer \u00e0 moi, si peu soit-il. Auparavant, quand je priais je n&#8217;avais pas trop de mal \u00e0 localiser Dieu dans mon esprit, et maintenant je le ressens aussi dans ma chair, mais je ne parviens pas \u00e0 unir harmonieusement les deux notions, je les alterne en priant, ou j&#8217;oublie l&#8217;une des deux. Mais je sens clairement que ce n&#8217;est pas l&#8217;unit\u00e9 de Dieu que je mets ici en cause ; je mets en cause la possibilit\u00e9 de l&#8217;homme, donc ma propre possibilit\u00e9, d&#8217;\u00eatre spirituellement un et simple.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de cette pri\u00e8re, qui est autant une r\u00e9flexion, des larmes me montent aux yeux. J&#8217;aspire l&#8217;air du matin. Derri\u00e8re les arbres, je vois le feu du soleil qui monte. Voir le soleil ach\u00e8ve mon bonheur de retrouver la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je garde pourtant une vague nostalgie de la parcelle du Royaume qui s&#8217;est montr\u00e9 \u00e0 moi. Le papier que je plie et d\u00e9plie machinalement est tout ce qui m&#8217;en reste. Je r\u00e9alise d&#8217;un coup sa dimension immense ; c&#8217;est le Livre de Dieu sous l&#8217;immense vo\u00fbte bleuissante du matin de l&#8217;immense \u00e9glise terrestre, qui n&#8217;a ni murs, ni hi\u00e9rarchie. J&#8217;ai le sentiment de me trouver subitement seul dans cette \u00e9glise naturelle et libre que l&#8217;homme n&#8217;a pas pu clore et ne clora jamais. J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;entrer le premier dans ce lieu pur et libre de la foi, et j&#8217;ai comme peur d&#8217;y rencontrer un autre homme, qui viendrait tout g\u00e2cher, avec son habituel visage ferm\u00e9 d&#8217;homme retourn\u00e9 sur soi, quand il devrait partager mon extraordinaire aventure surnaturelle et lever son regard tout occup\u00e9 du seul Ciel et de son seul Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>(Not\u00e9 le 25 octobre 1978) Un an apr\u00e8s, je rassemble et relis ces notes pour leur publication. Il me revient un souvenir:<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu&#8217;au matin du 9 octobre 1977 je vais rentrer chez moi, je vois un chat, que nous appelons \u00ab le \u00bb chat. Un chat sans nom. \u00ab Le \u00bb chat semble vivre dans une friche proche, mais quand viennent les fra\u00eecheurs de l&#8217;automne il passe parfois la nuit \u00e0 l&#8217;abri de notre porche ou des avant-toits. Il est blanc avec quelques taches roux clair, et il porte une curieuse queue courte et pli\u00e9e \u00e0 angle droit. \u00ab Le \u00bb chat est sauvage, absolument insaisissable. Les enfants ont us\u00e9 vainement de toutes leurs ruses pour l&#8217;attraper.<\/p>\n\n\n\n<p>Le matin du 9 octobre, \u00ab le \u00bb chat ne s&#8217;enfuit pas quand j&#8217;approche du porche. Il me regarde bizarrement, comme admirativement. Je me sens tellement g\u00ean\u00e9 de le voir, lui si farouche, subitement aimable, que je pr\u00e9f\u00e8re penser qu&#8217;il est encore tout h\u00e9b\u00e9t\u00e9 par les lumi\u00e8res et les bruits surnaturels dont il a d\u00fb \u00eatre t\u00e9moin. Je parviens \u00e0 un m\u00e8tre de lui, ce qui ne s&#8217;est jamais vu. Il me coule un regard d&#8217;or. Je suis stup\u00e9fait ; je me demande m\u00eame s&#8217;il n&#8217;est pas malade. J&#8217;avance une main vers lui. Il s&#8217;aplatit, mais il ne d\u00e9tale qu&#8217;\u00e0 l&#8217;instant o\u00f9 je vais l&#8217;effleurer. Pour un chat qui n&#8217;a jamais mang\u00e9 dans une main d&#8217;homme, qu&#8217;aucun bras n&#8217;a<\/p>\n\n\n\n<p>jamais berc\u00e9, un chat sauvage et distant comme un lynx, une pareille minute d&#8217;apprivoisement me para\u00eet un miracle, ajout\u00e9 aux prodiges de la nuit ; une minute de paradis terrestre. En tout cas, il est \u00e9vident que m\u00eame pour \u00ab le \u00bb chat il s&#8217;est pass\u00e9 quelque chose cette nuit-l\u00e0.!<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le 9 octobre 1977, \u00ab le \u00bb chat est redevenu aussi sauvage qu&#8217;avant, mais quand je l&#8217;aper\u00e7ois, je suis attendri. Il est mon co-t\u00e9moin de la pr\u00e9sence de Dieu et de l&#8217;\u00e9nergie \u00e9norme, mais pacifique, qui accompagne sa descente sur terre, qui fait tout d\u00e9toner et s&#8217;illuminer. Nous avons quelque chose d&#8217;important en commun, comme deux satellites qui ne se rencontreront jamais, mais qui courent sur la m\u00eame orbite. Et je fais au chat des signes amicaux de loin.<\/p>\n\n\n\n<p>3. TROISI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>A. D\u00c9BUT DE LA TROISI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>(Not\u00e9 le 19 octobre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis r\u00e9veill\u00e9 plus tard que les 2 et 9 octobre. C&#8217;est \u00e0 l&#8217;instant encore obscur de l&#8217;aube que m&#8217;appellent du dehors le cliquetis et les cris d&#8217;arm\u00e9e. Christiane et les enfants, sauf Sara, sont l\u00e9thargiques comme les 2 et 9 octobre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois, je m&#8217;habille chaudement, de v\u00eatements pr\u00e9par\u00e9s depuis deux semaines. L&#8217;absence de surprise n&#8217;efface pas mon appr\u00e9hension, peut-\u00eatre m\u00eame aggrav\u00e9e par ma grande fatigue.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-dehors, je fais face aux m\u00eames ph\u00e9nom\u00e8nes : bruits d&#8217;arm\u00e9e c\u00e9leste, rumeur et chocs m\u00e9talliques. C&#8217;est ainsi, du moins, que mon esprit continue de traduire le cliquetis et les appels inintelligibles, comme des ordres, le brouhaha qui remplit l&#8217;espace. La lumi\u00e8re coule le long du pignon de la maison de pri\u00e8re, lumi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>blanche et vive, proche de la lumi\u00e8re de Dieu, dont le b\u00e2ton ardent sera tout \u00e0 l&#8217;heure la clart\u00e9 optimale.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&#8217;ai pas lu l&#8217;heure en sortant de mon lit, mais au levant le lointain est lilas sombre ; le moment avant l&#8217;aurore. Je traverse le jardin en claquant des dents comme un gripp\u00e9 tir\u00e9 de son lit en pleine fi\u00e8vre. Pourtant je ne souffre que d&#8217;un l\u00e9ger rhume.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai oubli\u00e9 la cl\u00e9 de la maison de pri\u00e8re, mais je trouve sa porte ouverte (les 2 et 9 octobre, j&#8217;avais d\u00fb l&#8217;ouvrir moi-m\u00eame). Pourtant Christiane l&#8217;a bien verrouill\u00e9e la veille ; j&#8217;en aurai la preuve plus tard, en retrouvant la cl\u00e9 au tableau.<\/p>\n\n\n\n<p>B. D\u00c9ROULEMENT DE LA TROISI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>(suite des notes du 19 octobre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;entre. Le long des chevrons, qui craquent comme s&#8217;ils \u00e9clataient, coule une lumi\u00e8re plus claire que les autres fois. Sur les murs aussi la lumi\u00e8re para\u00eet plus claire, plus bleut\u00e9e en tout cas.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le seuil je m&#8217;agenouille et je prie, ressentant je ne sais quelle s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 me trouver \u00e0 la fronti\u00e8re de deux niveaux surnaturels diff\u00e9rents, entre le bruit et la lumi\u00e8re de l&#8217;ext\u00e9rieur et ceux de l&#8217;int\u00e9rieur, diff\u00e9rents. Au bout d&#8217;un moment, je sens qu&#8217;il me faut aller \u00e0 ma place habituelle. Je m&#8217;y assieds ; le b\u00e2ton de lumi\u00e8re appara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>Je saisis papier et crayon, et presque tout de suite la voix s&#8217;\u00e9l\u00e8ve, ou descend. Saisir son point de d\u00e9part est difficile. Comme les 2 et 9 octobre, le parler est lapidaire. Cependant, le sens de cette langue sans syntaxe se forme simultan\u00e9ment dans ma conscience, exactement comme si deux voix me parlaient, l&#8217;une \u00e0 mon oreille, l&#8217;autre en moi traduisant la pr\u00e9c\u00e9dente. C&#8217;est une exp\u00e9rience impartageable et indescriptible.<\/p>\n\n\n\n<p>Si dispos\u00e9 qu&#8217;on soit autour de moi \u00e0 me pr\u00eater toutes sortes de m\u00e9rites, qui me vaudraient les visites de Dieu, ou bien \u00e0 me trouver sublime face au surnaturel, il faut d\u00e9chanter. C&#8217;est l&#8217;imagerie religieuse qui a r\u00e9pandu la l\u00e9gende des grandes vertus seules dignes du regard et de la voix de Dieu. C&#8217;est faux, je te l&#8217;assure, fr\u00e8re pour qui j&#8217;\u00e9cris ces notes. De plus, j&#8217;ai tout simplement envie d&#8217;\u00eatre laiss\u00e9 en paix. Ou bien je n&#8217;ai pas assez de discernement pour voir en moi ce qui peut int\u00e9resser Dieu, ou bien j&#8217;en ai trop, qui me fait redouter l&#8217;avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que Dieu me livre son message aujourd&#8217;hui, je me sens plus que jamais dans un grand trouble, qui n&#8217;est pas de l&#8217;humilit\u00e9. Je ne me sens pas concern\u00e9, c&#8217;est tout. Sans pouvoir ignorer la r\u00e9alit\u00e9, j&#8217;\u00e9cris, je subis et j&#8217;observe ce qui m&#8217;arrive avec une application de greffier, qui ne participe pas vraiment. Ma pens\u00e9e tourbillonne. Ce n&#8217;est pas tout \u00e0 fait confusion, ni d\u00e9tresse ; c&#8217;est un sentiment difficile \u00e0 dire, comme d&#8217;\u00eatre loin, ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9, et malgr\u00e9 des efforts sinc\u00e8res de ne pas pouvoir \u00eatre dans l&#8217;\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, le message devrait me captiver. Il annonce la d\u00e9cadence du monde intellectuel et industriel, et la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de l&#8217;humanit\u00e9 par l&#8217;homme f\u00e9cond et simple venu du sentier, du riz, de la tourbe, et par la femme qui remplacera par ce robuste \u00e9tranger l&#8217;homme de sa race, d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en \u00eatre fragile, impuissant et malade de sa vie c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n\n\n\n<p>Proph\u00e9tisant, Dieu me rappelle mon orgueil, celui de tout homme qui se croit fait de mati\u00e8re dominante, ce cerveau dont le d\u00e9veloppement para\u00eet pr\u00e9venir et ma\u00eetriser tout retour de sauvagerie. Nous avons enfl\u00e9 d&#8217;orgueil de conna\u00eetre. Nous n&#8217;avons de cesse que notre intelligence n&#8217;ait ma\u00eetris\u00e9 totalement, en tous lieux, \u00e0 toutes les profondeurs et altitudes, la mati\u00e8re pour nous \u00eatre une richesse toujours plus grande. Nous ne trouvons d&#8217;espoir que dans les perfectionnements ininterrompus de nos machines et de nos organisations. Et voil\u00e0 que, sous la pression de notre ambition de connaissance, qui n&#8217;a d&#8217;\u00e9gale que notre folle cupidit\u00e9, notre cerveau et notre f\u00e9condit\u00e9 vont mourir :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L&#8217;homme (qui) compte (a) le cou plat, la langue lac\u00e9e\u2026 Tu casses l(es) jambe(s) des ma\u00eetres\u2026 L&#8217;homme noir (a) le bras (qui) pend\u2026 Entre les dents (de la femme) coule la Parole, le soleil descend (de) son sein; sa gorge parle, l&#8217;oeil (de la femme) ferme l&#8217;oeil (de l&#8217;homme).&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avant que ne s&#8217;ach\u00e8ve cette nuit, je re\u00e7ois aussi un message \u00e0 transmettre \u00e0 un certain paro, une puissance terrestre qui tr\u00f4ne \u00e0 l&#8217;Orient \u2014 de cela Dieu m&#8217;insuffle le sens \u2014 que mon esprit ne localise pas encore avec pr\u00e9cision : Le paro parle \u00e0 Isra\u00ebl: \u00ab(R)entre le fer dans ta main!\u00bb Tu envoies l&#8217;aile blanche (c&#8217;est \u00e0- dire le message) au paro. (Voir Livre XXV\/5-6 ).<\/p>\n\n\n\n<p>C. FIN DE LA TROISI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>(Suite des notes du 19 octobre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin, lorsque la voix se tait, et que s&#8217;\u00e9vanouit le b\u00e2ton de lumi\u00e8re, au lieu de quitter ce lieu d&#8217;\u00e9preuve en h\u00e2te comme les fois pr\u00e9c\u00e9dentes, je demeure dans la maison de pri\u00e8re. Ce n&#8217;est pas parce que je me sens moins \u00e9prouv\u00e9 cette fois-ci ; c&#8217;est au contraire parce que je le suis davantage.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute, je ressens face au b\u00e2ton de lumi\u00e8re, comme je le ressentis face au regard du Christ en 1974, la r\u00e9pulsion de l&#8217;homme contre sa propre transparence, qui le diminue, l&#8217;avilit m\u00eame, dans sa confrontation avec l&#8217;\u00catre qui perce jusqu&#8217;\u00e0 ses plus intimes p\u00e9ch\u00e9s. Aujourd&#8217;hui je ressens cela plus fortement. Comment expliquer ?<\/p>\n\n\n\n<p>En 1974 j&#8217;\u00e9tais scrut\u00e9 par un oeil d&#8217;homme \u2014 m\u00eame ressuscit\u00e9, transfigur\u00e9, seulement un homme \u2014 et comme par un \u00ab d\u00e9tecteur \u00bb en lui. Il ne me d\u00e9personnalisait pas tout \u00e0 fait. \u00c0 pr\u00e9sent, je me sens cur\u00e9 comme un puits, viol\u00e9 dans mes profondeurs, dans mes replis les plus dissimul\u00e9s, par l&#8217;\u00e9clatante lumi\u00e8re. Elle me fouille et me vide en-dedans.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, plus encore, mon malaise vient du propre malaise de Dieu. Son malaise entre en moi avec sa lumi\u00e8re ; je sens sans cesse sa souffrance, sa difficult\u00e9 \u00e0 parler la langue de l&#8217;homme d\u00e9chu ; langue compliqu\u00e9e, obscurcie, fard\u00e9e par des mill\u00e9naires de mensonge. Je sens la souffrance qu&#8217;il \u00e9prouve \u00e0 se r\u00e9duire au point lumineux et sonore devant moi. Un point dont j&#8217;ose me demander ce matin (toujours saisi par le besoin d&#8217;analyse, de d\u00e9bat) : n&#8217;est-ce qu&#8217;un atome de lui, ou bien son tout comprim\u00e9, dont d\u00e9borde, explose, cette force incroyable, qui fait tout craquer et s&#8217;\u00e9clairer autour d&#8217;elle ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je serre, Je serre comme le clou (qu&#8217;on enfonce), m&#8217;a dit Dieu le premier jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis, je per\u00e7ois ses difficult\u00e9s \u00e0 chaque visite. Ce matin, apr\u00e8s un silence, comme un souffle coup\u00e9 qui cherche l&#8217;air, il m&#8217;a dit : Ma L\u00e8vre (est \u00e9cras\u00e9e) sous ton pied lourd ! Quelle douloureuse compression s&#8217;inflige-t-il pour descendre \u00e0 la hauteur de mon oeil et de mon oreille ? Quel prix paie son Amour pour entrer dans le monde de l&#8217;homme ? &#8230; Je sais bien que sa phrase : Ma L\u00e8vre sous ton pied lourd, a le sens de \u00ab Tu peux trahir ma Parole, la plier \u00e0 tes projets d&#8217;homme \u00bb, mais, \u00e9mise comme d&#8217;un souffle contenu, exhal\u00e9e plus qu&#8217;articul\u00e9e, elle me fait un effet p\u00e9nible. Mais je sais maintenant que cette phrase a un second sens ; c&#8217;est un indicible aveu d&#8217;amour crucifi\u00e9. L&#8217;amour pour l&#8217;homme, que Dieu cherche \u00e0 amener \u00e0 la p\u00e9nitence, mettant en jeu sa grandeur et comme son \u00e9ternit\u00e9, en prenant par moments des accents d&#8217;agonie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon malaise est de culpabilit\u00e9. Je d\u00e9couvre \u00e0 quel point Dieu est le P\u00e8re, participe \u00e0 notre vie, s&#8217;y m\u00eale au prix d&#8217;une descente contre nature (la k\u00e9nosis des grecs) jusqu&#8217;\u00e0 la petitesse humaine ; petitesse physique et plus encore petitesse d&#8217;esprit \u2014 Quel terne \u00e9cho aura la nouvelle de sa th\u00e9ophanie chez ces mesquins ?<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;en tremble \u2014. Le Cr\u00e9ateur, l&#8217;\u00c9tal\u00e9 sur l&#8217;univers, d\u00e8s cette douce soir\u00e9e o\u00f9 il visita Adam et \u00c8ve, se serait-il soumis \u00e0 une cr\u00e9ation que, par erreur, il aurait trop miniaturis\u00e9e pour y r\u00e9gner ou en jouir lui-m\u00eame \u00e0 l&#8217;aise ?<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;une part, il ne s&#8217;agit pas d&#8217;erreur, mais d&#8217;un risque consenti de l&#8217;amour. D&#8217;autre part, il n&#8217;est pas possible que le P\u00e8re ait cr\u00e9\u00e9 le fils en disproportion avec lui ; c&#8217;est le p\u00e9ch\u00e9 qui a r\u00e9duit l&#8217;homme psychiquement ; il l&#8217;a aussi rapetiss\u00e9 physiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>4. QUATRI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>A. D\u00c9BUT DE LA QUATRI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE (Not\u00e9 le 9 novembre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin je suis appel\u00e9 plus t\u00f4t, \u00e0 la nuit encore longue \u00e0 s&#8217;achever. Je ne regarde pas l&#8217;heure ; c&#8217;est pourtant mon premier sursaut de conscience, quotidien, d\u00e8s l&#8217;oeil ouvert. Sans m\u00eame la toucher, je sens Christiane inerte ; sa l\u00e9thargie sensible \u00e0 distance semble alourdir l&#8217;air de la chambre. Depuis mon lit j&#8217;entends les bruits du dehors, qui pr\u00e9c\u00e8dent Dieu, ou qui l&#8217;entourent s&#8217;il m&#8217;attend d\u00e9j\u00e0&#8230;Parvenu dans le tohubohu habituel au-dehors, il me revient tout \u00e0 coup que l&#8217;\u00e9critoire n&#8217;est pas dans la maison de pri\u00e8re ; je l&#8217;ai utilis\u00e9 quelques jours auparavant pour noter un m\u00e9tr\u00e9, en vue d&#8217;am\u00e9liorer l&#8217;am\u00e9nagement du saint lieu. Je retourne sur mes pas pour prendre dans mon bureau de quoi \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai \u00e9galement oubli\u00e9 la cl\u00e9 de la maison de pri\u00e8re, mais j&#8217;en trouve la porte ouverte, comme cela s&#8217;est d\u00e9j\u00e0 produit. Il fait froid. L&#8217;association du froid et de la lumi\u00e8re blanche, que je vois couler le long des murs, m&#8217;inspire l&#8217;id\u00e9e de glace. Heureusement, j&#8217;ai mis mon gros manteau de peau \u00e0 col de fourrure noire, celui du dignitaire pope d&#8217;avant, dont je ne me sers plus gu\u00e8re, mais je n&#8217;ai pas mis de chapeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le froid me fait un garrot \u00e0 la hauteur des tempes ; j&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre sur un lac gel\u00e9, battu de bise. L&#8217;air froid rend plus assourdissant les craquements de la charpente, ces inexplicables explosions internes du bois.<\/p>\n\n\n\n<p>B. D\u00c9ROULEMENT DE LA QUATRI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>(Suite des notes du 9 novembre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier mot de la voix divine tombe sur moi comme un coup : Vaincu\u2026 Je me mets \u00e0 \u00e9crire, ma main fatigue vite, parce que la voix fait moins de pauses aujourd&#8217;hui, et parce que mon \u00e9criture, d\u00e9j\u00e0 peu rapide, est ralentie par le froid et une douleur articulaire. Mais \u00e0 ma plus grande facilit\u00e9 \u00e0 saisir le message par<\/p>\n\n\n\n<p>l&#8217;intelligence \u2014 compensation pour ma main raidie \u2014 je vois que le langage de Dieu m&#8217;est de plus en plus vite accessible. Et je vois que Dieu le sait, car il parle plus vite, sans presque plus s&#8217;arr\u00eater :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vaincu, le roi blanc sort, la main (tendue) devant (lui). La main \u00e9carte le(s) pied(s) comme les figues, la jambe (du fid\u00e8le qui) pend\u2026 Les caillots tombent (comme) les pierres du ciel : afar. Il pleut (des p\u00e9rils, quand) le Vent (on le) couche ! Ma Salive !&nbsp;\u00bb (R\u00e9v. Ar\u00e8s X XXII)<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la r\u00e9v\u00e9lation d&#8217;aujourd&#8217;hui, l&#8217;insistance de Dieu \u00e0 condamner religions, \u00e9glises, clerg\u00e9s, tous syst\u00e8mes religieux, et parall\u00e8lement tout syst\u00e8me id\u00e9ologique, me frappe comme elle ne m&#8217;a jamais frapp\u00e9. Tout en copiant le message, je comprends avec angoisse que du message de 1974 je m&#8217;\u00e9tais abrit\u00e9, et Dieu sans m\u00e9nagement m&#8217;arrache \u00e0 mon abri, me tire \u00e0 d\u00e9couvert devant lui maintenant. Son insistance souffle sur moi comme, en certains printemps ensoleill\u00e9s, un aigre vent d&#8217;hiver attard\u00e9 qui veut nous rappeler qu&#8217;il reviendra toujours. La magnifique parabole de la jeune vierge et de la b\u00eate (R\u00e9v\u00e9lation d&#8217;Ar\u00e8s 22\/13) exige d&#8217;\u00eatre pr\u00e9sente en moi. L&#8217;insistance de Dieu est si forte que j&#8217;ai l&#8217;impression de n&#8217;avoir pas encore lu, ou de n&#8217;avoir pas vraiment compris L&#8217;\u00c9vangile Donn\u00e9 \u00e0 Ar\u00e8s et la r\u00e9v\u00e9lation re\u00e7ue depuis le 2 octobre. Au fond, mon inconsciente indulgence pour une \u00e9glise et son clerg\u00e9 auxquels j&#8217;ai appartenu ont \u00e9mouss\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent dans mon esprit et dans mes propos les paroles les plus tranchantes de Dieu contre la religion-syst\u00e8me ; je comprends ces paroles, mais vais-je les oublier encore ? Maintenant que Dieu m&#8217;a visit\u00e9 pour la quatri\u00e8me fois, je constate que mon indulgence pour la religion rend plus insistante, comme obs\u00e9d\u00e9e, sa col\u00e8re contre moi, Il pr\u00e9cise sa volont\u00e9 d&#8217;en finir avec elle avant d&#8217;en finir avec le fond g\u00e9n\u00e9ral d&#8217;impi\u00e9t\u00e9, dont elle n&#8217;est pas qu&#8217;un des aspects, mais dont elle est la cause. La volont\u00e9 centrale du message, volont\u00e9 d&#8217;\u00e9tablir la foi libre et intime en Dieu et la foi dans le changement de l&#8217;homme, fixe le plan central de ma mission.<\/p>\n\n\n\n<p>Le verbe de Dieu monte de mon oreille \u00e0 mon esprit comme un chemin abrupt de pierres tranchantes. ..La voie vers les Hauteurs Saintes est certes accessible, mais elle demeure un sentier avec ses rocailles ; les pieds s&#8217;y \u00e9corchent (R\u00e9v\u00e9lation d&#8217;Ar\u00e8s 25\/5) \u2014. Et Dieu jette devant moi \u00e0 profusion le gravier coupant de son insistance, pour que, de souffrance, j&#8217;ajuste enfin mes pas \u00e0 la Voie Droite, que je cesse de zigzaguer, et que je raccourcisse le temps de ma marche sur la pierraille pendant mon ascension. Il veut que j&#8217;ajuste la cause \u00e0 l&#8217;effet, sans rien abandonner \u00e0 l&#8217;imaginaire ou aux sentiments personnels. Il faut extirper la religion et son clerg\u00e9 qui r\u00e9pand l&#8217;erreur. Je comprends mieux encore que l&#8217;aire mentale \u2014 et g\u00e9ographique par voie de cons\u00e9quence \u2014 que Dieu a assign\u00e9e \u00e0 ma mission (R\u00e9v. Ar\u00e8s 5\/6) est pr\u00e9cis\u00e9ment celle que couvre l&#8217;\u00e9glise, qui est un exemple typique de religion. Mon paradoxe \u2014 ce qui me rattache au pass\u00e9 coexistant avec ce qui m&#8217;attache d\u00e9j\u00e0 \u00e0 \u2014, Dieu l&#8217;\u00e9claire d&#8217;une lumi\u00e8re crue. Je crie de douleur en \u00e9crivant ces lignes.<\/p>\n\n\n\n<p>Christiane de sa cuisine, \u00e0 l&#8217;autre bout de la maison, a entendu mon cri. Elle vient me voir. Entre la porte de mon bureau, o\u00f9 elle se tient debout, et ma table de travail, o\u00f9 je trace ces notes et r\u00e9flexions, nos regards se croisent en silence. Elle comprend que je souffre et qu&#8217;il faut me laisser souffrir seul. Sans prononcer un mot elle repart, ainsi que repart le gardien de prison qui vient de scruter par l&#8217;oeilleton. Je me sens indigne devant sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et sa force.<\/p>\n\n\n\n<p>De toute fa\u00e7on, et quelles que soient les actions qu&#8217;il me faudra d\u00e9cider et administrer, il y a d\u00e9sormais un foss\u00e9 de prison entre mon pass\u00e9 et l&#8217;avenir que je ne fais encore que pr\u00e9sumer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le salut ne se re\u00e7oit pas de l&#8217;ext\u00e9rieur, de religion ou d&#8217;\u00e9glise, de dogmes ou de sacrement. Le salut s&#8217;incarne. Il remplace le sang. Le salut, c&#8217;est Dieu m\u00eame qui salive dans l&#8217;homme, si l&#8217;homme accepte sa morsure. Le salut r\u00e9sulte de la symbiose Dieu-homme, qui fait jaillir la vie, et qui triomphe particuli\u00e8rement dans la r\u00e9surrection.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre passage du message de ce jour d\u00e9nonce la vanit\u00e9 de toute recherche de la v\u00e9rit\u00e9 et du salut hors de la voie tr\u00e8s simple que Dieu montre : \u00ab&nbsp;Mon Oeil, sa Force (se) tire du Fond des Fonds\u2026 (M\u00eame) Mikal ne cherche pas le Fond. Ouvre tes veines ! Dis(-Moi) : \u00ab Entre ! \u00bb (R\u00e9v.Ar\u00e8s 34\/6-12).<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Dieu, qui m&#8217;a parl\u00e9 quatre fois \u00e0 Ar\u00e8s depuis le 2 octobre, reste \u2014 n&#8217;en d\u00e9plaise \u00e0 certains \u2014 l&#8217;\u00c9ternel terrible et jaloux dont se plaignaient Mo\u00efse et les h\u00e9breux. Rien n&#8217;est chang\u00e9 pour ce qui regarde Dieu lui-m\u00eame. \u00ab Alors, pourquoi vient-il, si rien ne change ? \u00bb, demandent les ergoteurs. Ils oublient que l&#8217;\u00e9poque<\/p>\n\n\n\n<p>change, et que changent les voies pratiques pour surmonter le p\u00e9ch\u00e9. Ils oublient \u00e9galement tout ce qui est rest\u00e9 inchang\u00e9 dans l&#8217;homme depuis que Dieu l&#8217;appelle \u00e0 se convertir et \u00e0 reconstruire \u00c9den, notamment l&#8217;id\u00e9e de religion, comme syst\u00e8me, qui n&#8217;a pas rapport qu&#8217;au religieux, mais qui a aussi rapport \u00e0 la culture et \u00e0 la politique, ses consoeurs : \u00ab&nbsp;L&#8217;homme noir n&#8217;a pas la paupi\u00e8re. L&#8217;homme noir l\u00e8che l&#8217;\u00e9tal\u2026 La lune go\u00fbte le nuage, sourds (sont) les fils unis&nbsp;\u00bb R\u00e9v.Ar\u00e8s (XXXIV\/15).<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que Dieu vient de prononcer les mots sourds sont les fils unis, une douleur atroce envahit ma poitrine en un instant, dans la r\u00e9gion pr\u00e9cordiale. Ce n&#8217;est pas le coeur, c&#8217;est nerveux, je pense. Je souffre d&#8217;angoisse et de d\u00e9tresse devant la mission que Dieu m&#8217;assigne.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix fait silence, tandis que la douleur irradie dans ma poitrine o\u00f9 plonge \u2014 je le sens tr\u00e8s bien \u2014 le per\u00e7ant regard que cache le b\u00e2ton de lumi\u00e8re. La voix reprend : Je suis la mine (et) l&#8217;Eau\u2026, et poursuit jusqu&#8217;\u00e0 les bouvillons (le clerg\u00e9), l(eur) glotte (est) s\u00e8c(he). Alors je m&#8217;\u00e9crie, en suffoquant de souffrance : \u00ab Mais il y a Fran\u00e7ois d&#8217;Assise ! \u00bb Montant du b\u00e2ton \u00e9clatant, la voix de Dieu me r\u00e9pond : \u00ab&nbsp;Le jars fort (et) beau (c&#8217;est-\u00e0-dire Fran\u00e7ois d&#8217;Assise) (est) dans la cage, (mais) qui voit la cage ? L&#8217;oeil du roi blanc (en)lace le jars ; le roi blanc sait (que) le jars n&#8217;a pas l&#8217;oeuf&nbsp;\u00bb.R\u00e9v.Ar\u00e8s&nbsp;(XXXVI\/3) .<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, Seigneur, je me souviens maintenant que tu as dit : Vis aupr\u00e8s de ton \u00e9pouse et de tes enfants\u2026 Ne sois pas comme ceux qui se v\u00eatent de la tunique des vierges (R\u00e9v.Ar\u00e8s 38\/7). Non de quelque esprit, mais de l&#8217;oeuf de la femme, qui cro\u00eet de la goutte de sperme qu&#8217;\u00e9voque souvent le Coran, sort tout humain appel\u00e9 \u00e0 la vie spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Simple simplicit\u00e9, simple v\u00e9rit\u00e9, que la culture chr\u00e9tienne a longtemps \u00e9loign\u00e9e par je ne sais quelle tentation d&#8217;ang\u00e9lisme. Ce qui manqua \u00e0 Fran\u00e7ois d&#8217;Assise, malgr\u00e9 sa spirituelle beaut\u00e9, ce fut d&#8217;\u00eatre un Abraham avec une Sara et un Isaac pour nouer la cha\u00eene et nous relier \u00e0 lui. Avort\u00e9 fut l&#8217;encha\u00eenement charnel par quoi se transmet aussi, et id\u00e9alement, ta Parole de salut : le peuple de chair, dont les maillons sont faits des enlacements perp\u00e9tuels d&#8217;Adam et d&#8217;\u00c8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>Je souffre face au b\u00e2ton de lumi\u00e8re, je me tords sur mon si\u00e8ge. J&#8217;ai l&#8217;impression de tourner autour de mon coeur pour le dompter. Je ne pense pas \u00e0 la mort, m\u00eame si je souffre une agonie, je me tords pour garder conscience de mon corps. Une force entre et s&#8217;installe en moi, elle se dilate en moi, compensant ainsi la faiblesse de mon \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui peut, comme je le fais dans ce moment tragique, comprendre qu&#8217;une fois la chair morte, l&#8217;\u00e2me n&#8217;est pas soulag\u00e9e mais priv\u00e9e de sa puissante base d&#8217;os, de muscle et de nerf ? De la mort c&#8217;est le plus terrible effet. Et comment la r\u00e9surrection charnelle ne serait-elle pas, tout au bout, l&#8217;\u00e9vidente n\u00e9cessit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Un flux sanguin m&#8217;\u00e9chauffe la t\u00eate, mes oreilles sont br\u00fblantes : ma douleur thoracique diminue graduellement sans dispara\u00eetre tout \u00e0 fait. Je l\u00e2che mon crayon, je me baisse pour le ramasser sur le sol ; par r\u00e9action mes yeux s&#8217;emplissent de grosses larmes, qui coulent sur mes joues, que j&#8217;avale. Elles forment un \u00e9cran protecteur devant mes yeux, alors je regarde, je d\u00e9fie presque le b\u00e2ton de lumi\u00e8re. Je lui dis en silence : \u00ab Quel g\u00e9nie tu as de tendre sous peu de mots \u2014 et sous les plus simples mots \u2014 ta r\u00e9v\u00e9lation terrible pour ceux, comme moi, qui s&#8217;\u00e9taient fabriqu\u00e9s des id\u00e9aux si loin de l&#8217;extr\u00eame simplicit\u00e9 ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C. FIN DE LA QUATRI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE (Suite des notes du 9 novembre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin je quitte la Maison de la Sainte Parole plus fatigu\u00e9 que les autres fois. Que fut le combat nocturne de Jacob et de Dieu ?J&#8217;en connais les termes bibliques ; mais l&#8217;\u00e9tat int\u00e9rieur dans lequel fut laiss\u00e9 Jacob ? La Bible n&#8217;en dit mot.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;imagine que ses sentiments tenaient de ce que sont les miens apr\u00e8s cette nuit d&#8217;\u00e9preuve. Dieu \u00e9crase l&#8217;homme quand il a l&#8217;affront de rester un moment face \u00e0 lui avec d&#8217;autres pens\u00e9es que son message.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma poitrine me fait encore mal. Je ne go\u00fbterai qu&#8217;une heure plus tard la merveilleuse paix qu&#8217;on \u00e9prouve apr\u00e8s une douleur et une suffocation thoraciques, apr\u00e8s la peur que le coeur c\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<p>Je fuis la maison de pri\u00e8re, croyant encore entendre Dieu chuchoter derri\u00e8re moi apr\u00e8s l&#8217;extinction du b\u00e2ton ardent. Et je reprends la travers\u00e9e des arm\u00e9es c\u00e9lestes, qui bruissent encore. Je traverse leur cliquetis et leurs brasillements de troupes ang\u00e9liques. Elles semblent fourbir des armes d&#8217;argent. La nuit p\u00e8se encore sur Ar\u00e8s ; il faut dire que les jours raccourcissent. Je me pr\u00e9cipite chez moi comme si Dieu m&#8217;y pourchassait.<\/p>\n\n\n\n<p>D. APR\u00c8S LA QUATRI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE, R\u00c9FLEXIONS DIVERSES&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>(Not\u00e9 vers le 16 novembre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00e9riode qui suit le 9 novembre est de fatigue et de malaise. Je pense que le langage particulier dans lequel Dieu s&#8217;adresse \u00e0 moi y est pour quelque chose. Son laconisme \u00e9trange m&#8217;\u00e9merveille par tout ce qu&#8217;il exprime de vaste et de profond en quelques mots \u00ab primordiaux \u00bb, et simultan\u00e9ment il m&#8217;embarrasse et soumet mon esprit \u00e0 un effort d&#8217;adaptation \u00e9prouvant. Il est ais\u00e9 de croire \u00e0 la belle langue de nos bibles, traduite par des gens de go\u00fbt, bien adapt\u00e9e \u00e0 nos habitudes mentales. Tout ce qui nous semble venir du Ciel est sans fatigue tant que Dieu ne parle pas lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, qu&#8217;il parle, nous d\u00e9couvrons combien nous sommes loin de lui, combien notre conception de Dieu et des rapports entre Dieu et l&#8217;homme est fausse. Il me faut me refaire, et c&#8217;est difficile. La foi se prouve l\u00e0 pourtant. Certes, \u00e0 pr\u00e9sent, je pr\u00e9f\u00e8re la migraine au mis\u00e9rable confort d&#8217;une foi sur mesure, pas compl\u00e8tement fausse sur quelques points, mais m\u00eame sur ces points-l\u00e0 relative. De ce relatif, justement, religions et \u00e9glises ont tir\u00e9 profit. Mais de surmonter la force de mes habitudes \u2014 cela seul est vivre la foi au fond \u2014 je m&#8217;\u00e9puise. J&#8217;imagine que je me trouverai plus tard fort et joyeux de cette sublime exp\u00e9rience, et de cette victoire sur moi-m\u00eame, mais pour l&#8217;heure je peine. Je souffre moins pour moi-m\u00eame, tout compte fait, que pour ceux \u00e0 qui je vais devoir transmettre ce message. &#8230;..<\/p>\n\n\n\n<p>Je passe des nuits d&#8217;insomnie, par l&#8217;attente et la crainte d&#8217;\u00eatre appel\u00e9 par Dieu. Tournant et retournant dans mon lit, je voudrais parfois oublier ma propre existence, mourir. J&#8217;ai appris d&#8217;une lecture r\u00e9cente que Mahomet songea au suicide ; en ce moment je comprends un tel d\u00e9sespoir. Alors je me l\u00e8ve, j&#8217;enfile une robe de chambre et des chaussons, je cours \u00e0 mon bureau pour m&#8217;emplir de travail et non de pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Et remettant au propre le message du sceptre de lumi\u00e8re, travaillant \u00e0 toutes les formules possibles pour lui donner forme claire sans trahir ni masquer sa langue originale, comme convenu avec Christiane, je sens souvent mes pens\u00e9es vagues. Mon esprit est fatigu\u00e9, comme l&#8217;oeil us\u00e9 par le travail de nuit, qui voit double. Si demain Dieu revient, me parle, je ne suis pas s\u00fbr de pouvoir le noter. &#8230;..<\/p>\n\n\n\n<p>Fort(es sont) la main, la roue. Le far (qui pour)suit les soleils ? Le soleil (de ta justice) br\u00fble le far (R\u00e9v. Ar\u00e8s (XXXVI\/21) . Ces mots jaillis du b\u00e2ton de lumi\u00e8re me font m\u00e9diter sur ce que nous devons savoir des gestes quotidiens, de leur force. Ce sont eux qui sauvent l&#8217;humanit\u00e9 chaque jour ; ce ne sont pas les fus\u00e9es qu&#8217;on envoie vers le soleil, qui finissent en fum\u00e9e, qui n&#8217;ont jamais soulag\u00e9 un afflig\u00e9, ni nourri un affam\u00e9. Ne refusons pas la science et les techniques ; nous ne retournons pas \u00e0 la barbarie, mais aux sources de l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;important est de ne pas oublier que la main, la roue, la meule ou la rame ont fait plus, et feront toujours plus pour l&#8217;homme que les technologies dites \u00ab avanc\u00e9es \u00bb, qui l&#8217;\u00e9blouissent. Il en est ainsi de l&#8217;amour et de la main, quand ils s&#8217;appliquent sur l&#8217;afflig\u00e9. L&#8217;art m\u00e9dical et la pharmacie, et jusqu&#8217;\u00e0 leur souvenir, dispara\u00eetraient dans un cataclysme plan\u00e9taire, il nous resterait gr\u00e2ce \u00e0 Dieu l&#8217;amour et la main tendus vers les douleurs du monde ! Bien plus, la main et ses outils simples donnent une id\u00e9e plus juste des rapports qui lient les hommes que les techniques qui les s\u00e9parent par d&#8217;injustes et d&#8217;abyssaux \u00e9carts de connaissances entre eux. La science n&#8217;unit pas l&#8217;humanit\u00e9 \u2014 des parts enti\u00e8res d&#8217;humanit\u00e9 se sentent plus isol\u00e9es que jamais de ceux qui savent \u2014. La science s\u00e9parera les hommes, tant qu&#8217;elle n&#8217;aura pas pour principe unique de prolonger le coeur et la main. ..<\/p>\n\n\n\n<p>5. LA CINQUI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>A. D\u00c9BUT DE LA CINQUI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE (Not\u00e9 le 22 novembre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;attendais l&#8217;appel depuis plusieurs jours. Je le sentais imminent par une pression anormale de l&#8217;air sur moi, ces trois derniers soirs surtout. L&#8217;habituel charivari du dehors me r\u00e9veille ce matin tr\u00e8s t\u00f4t, \u00e0 3 h 15.<\/p>\n\n\n\n<p>Habituelle l\u00e9thargie de Christiane. Je m&#8217;habille chaudement et je sors. Il fait humide ; la ros\u00e9e coule partout, plus abondante que les autres fois, semble-t-il. J&#8217;ai l&#8217;impression de d\u00e9barquer d&#8217;un navire sec sur un quai embrum\u00e9, battu de poudrin. Je suis d\u00e9sagr\u00e9ablement saisi par le froid mouill\u00e9. Mais presque aussit\u00f4t le concert de bruits d&#8217;arm\u00e9e me distrait de l&#8217;inconfort en m&#8217;effrayant, car il n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 si proche et si fort. Mon regard se porte au-dessus des toits, comme si mon regard pouvait retomber de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 et voir ce qui m&#8217;intrigue depuis le 2 octobre : Quel effet produit sur les gens du dehors ce cliquetis m\u00eal\u00e9 d&#8217;appels et de scintillements ? Je ne le saurai peut-\u00eatre jamais. Les ar\u00e9siens sont-ils l\u00e9thargiques comme Christiane et mes grandes filles ?<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;arm\u00e9e c\u00e9leste para\u00eet se battre contre une troupe de d\u00e9mons, comme pour d\u00e9gager le lieu o\u00f9 va descendre Dieu. Ces guerriers du Ciel doivent joliment perturber l&#8217;ordre diabolique de ce monde d\u00e9chu, qui s&#8217;en d\u00e9fend. Je quitte la terrasse, je fais quelques pas. Tout \u00e0 coup apparaissent des spectres ; ils sont en marche ; ils sortent du mur du garage neuf \u00e0 ma droite et traversent le jardin jusqu&#8217;au mur d&#8217;enceinte \u00e0 ma gauche, o\u00f9 ils s&#8217;enfoncent et disparaissent. Les spectres semblent nus ; ils portent dans la main une assiette ou un plat vide ; certains ont une face d&#8217;affreux bandit. Parmi eux, voil\u00e0 une femme, elle tombe, elle accouche en un instant ; un coup de vent, qui m&#8217;\u00e9bouriffe, l&#8217;efface comme poussi\u00e8re, elle et l&#8217;enfant spectral sorti de son ventre. Mes dents claquent, de froid, d&#8217;humidit\u00e9 et d&#8217;\u00e9motion. J&#8217;ai l&#8217;impression que mes souliers collent au sol, et je me panique \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de ne pas pouvoir fuir si ces spectres m&#8217;approchent.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est qu&#8217;au passage ils me guignent ; leur oeil est mauvais ; je les soup\u00e7onne d&#8217;intentions agressives. Au fond, ce que je vois ne m&#8217;est pas inconnu ; ce sont les t\u00e9n\u00e8bres glac\u00e9es que J\u00e9sus m&#8217;a d\u00e9j\u00e0 fait voir . (R\u00e9v. d&#8217;Ar\u00e8s 36\/18).<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre spectre tombe. Les autres se ruent sur lui et, comme des vautours, le d\u00e9vorent par secousses de m\u00e2choire ; ils lui arrachent sa \u00ab mati\u00e8re \u00bb par lambeaux, et ces cannibales, l&#8217;instant de l&#8217;ingestion, ont comme une brillance puis se ternissent aussit\u00f4t. Le choc d&#8217;armes, les appels et les cris de combat enveloppent ce d\u00e9fil\u00e9, la ros\u00e9e le recouvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon manteau est tremp\u00e9, mes cheveux me collent au cr\u00e2ne et au front. Une sorte d&#8217;escalier en spirale se dresse devant moi ; il aboutit \u00e0 une plateforme, haute dans le ciel nocturne, o\u00f9 je devine des mouvements ; on dirait des ombres qui s&#8217;activent devant un incendie. Que portent ces ombres ? Des piques ? De la plate-forme pendent des choses ind\u00e9finies et longues. Mon effroi augmente \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que je devrais monter l\u00e0-haut. Du c\u00f4t\u00e9 de la Maison de la Sainte Parole la lumi\u00e8re coule toujours le long du pignon, et \u00e0 travers les vitres de couleur je distingue les \u00e9clats blancs \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, qui ondoient.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai froid et j&#8217;ai peur, et je n&#8217;ose pas couper le d\u00e9fil\u00e9 des spectres pour avancer vers la maison de pri\u00e8re, ni reculer et rentrer chez moi, parce que l&#8217;appel de Dieu demeure imp\u00e9ratif en moi. Il m&#8217;attend, je le sais. J&#8217;arrive \u00e0 penser un peu, je me dis que si Dieu m&#8217;attend, c&#8217;est qu&#8217;il veut que je surmonte l&#8217;obstacle. L&#8217;appr\u00e9hension me donne le vertige, les spectres semblent vouloir tourner autour de moi. Au-dessus de ma t\u00eate le monumental escalier spiral tourne lentement sur lui-m\u00eame, mais je crois que c&#8217;est son vrai mouvement, ce n&#8217;est pas un effet du vertige. Cet escalier \u2014 peut-\u00eatre une tour en fait \u2014 est comme accroch\u00e9 au ciel par son sommet. Le vertige se dissipe. Des lueurs apparaissent, courent entre les spectres, elles ressemblent \u00e0 des ris\u00e9es \u00e9cumeuses sur la mer, elles m&#8217;atteignent. Chaque fois qu&#8217;une d&#8217;elles me touche, je vois mes mains devenir neigeuses et translucides quelques secondes. Je suppose que mon visage fait de m\u00eame. Derri\u00e8re les lueurs et les spectres, l&#8217;escalier-tour suspendu au ciel, puis les murs de la maison de pri\u00e8re \u00e9clatants de lumi\u00e8re blanche. La nuit est dense et noire comme du charbon sur quoi dansent les brasillements de l&#8217;arm\u00e9e c\u00e9leste.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me d\u00e9cide. Je me rassemble farouchement ; je traverse le d\u00e9fil\u00e9 des spectres, le coeur et les tempes battants. Je passe sous l&#8217;escalier spiral. Effrayant. Il se dresse au-dessus de ma t\u00eate comme une tour de verre qui balance dans le vent, suspendue \u00e0 la nuit. Qu&#8217;elle descende de deux m\u00e8tres, elle m&#8217;\u00e9crase ! Ce n&#8217;est pas, j&#8217;en suis s\u00fbr, l&#8217;\u00e9chelle de Jacob, le mouvement apaisant des anges montant et descendant, mais un escalier vide, qui figure la mati\u00e8re invitant sournoisement \u00e0 la gravir, \u00e0 la conqu\u00e9rir, pour \u00e9craser l&#8217;ambitieux. Je d\u00e9couvre que la mati\u00e8re aussi a ses fant\u00f4mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Me voil\u00e0 \u00e0 quelques pas de la Maison de la Sainte Parole, les obstacles franchis, les jambes molles. L\u00e0, l&#8217;exquise odeur florale d\u00e9j\u00e0 sentie d&#8217;autres fois, le parfum consolateur, m&#8217;environne. Une f\u00eate entre en moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Un effet de source coule dans ma gorge, y clapote ; eau d\u00e9licieuse. Ma peur se dissipe, chass\u00e9e par une force qui chasse d&#8217;ailleurs toute pens\u00e9e. Vide de tout sentiment, \u00ab chose \u00bb je suis. Je me sens une fixit\u00e9 et une puissance d&#8217;arbre, avec dans mon dos le tumulte, qui ne m&#8217;atteint plus. Je suis un arbre odorant, \u00e9panoui de bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je retrouve mes esprits et mon humanit\u00e9, je me tiens debout face \u00e0 la Maison de la Sainte Parole, les bras \u00e9tendus devant moi, les paumes en l&#8217;air, priant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet instant ma pri\u00e8re ne r\u00e9cite pas la Parole, comme elle devrait. Ma pri\u00e8re dit \u00e0 peu pr\u00e8s ceci : \u00ab En toute entreprise, nous craignons finalement trois choses : Les autres hommes, les forces invisibles qui nous entourent et Dieu. Rien d&#8217;autre n&#8217;agit contre nous, ni pour nous. J&#8217;ai saisi la le\u00e7on, Seigneur. \u00bbTout en sachant qu&#8217;il me faut entrer dans la maison de pri\u00e8re et y accepter l&#8217;autre \u00e9preuve, celle de Dieu, contre quoi nulle ruse, ni prudence, ni d\u00e9lai, ni recours ne pourraient rien, je me sens maintenant en paix. C&#8217;est la premi\u00e8re fois que j&#8217;entre en paix dans ce lieu th\u00e9ophanique ; je me sens presque bien sous les chevrons et les poutres qui craquent, face aux cascades de lumi\u00e8re qui descendent des murs.<\/p>\n\n\n\n<p>B. D\u00c9ROULEMENT DE LA CINQUI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>(Suite des notes du 22 novembre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&#8217;assieds, je prends calmement mon \u00e9critoire sur le si\u00e8ge \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du mien, et, comme s&#8217;il attendait mon geste, le b\u00e2ton de lumi\u00e8re surgit devant mes yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il dit : Ta voix sonne (\u00e0) la cloche. Pure (ta voix) sonne. Juste proph\u00e8te, les mains devant ! Ma main va sur le bruit, le bruit (qui) rend sourd, (elle le) fend (R\u00e9v.Ar\u00e8s XXXVII\/1).<\/p>\n\n\n\n<p>Le b\u00e2ton de lumi\u00e8re se tait un long moment, comme pour laisser mon coeur retrouver son rythme, apr\u00e8s qu&#8217;il a battu d&#8217;avoir trop bien compris l&#8217;honneur inou\u00ef que me font ces deux mots : Juste proph\u00e8te. La voix s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 nouveau :Tu vas haut, bonne pens\u00e9e. (Le) Bien (est) dans le creux de ta langue\u2026 L&#8217;ha n&#8217;est pas fils de l&#8217;ha. (R\u00e9v. Ar\u00e8s XXXVIII\/2).<\/p>\n\n\n\n<p>En notant mes r\u00e9flexions ce matin, \u00e0 propos de l&#8217;ha, ainsi que Dieu appelle l&#8217;\u00e2me, je dis \u00e0 Christiane : \u00ab Il est all\u00e9 aux profondeurs ! Je ne peux pr\u00e9dire ce que Dieu r\u00e9v\u00e9lera encore, mais je crois pouvoir dire d\u00e9sormais \u00e0 ceux qui me questionneront sur le b\u00e2ton de lumi\u00e8re : \u00ab Lisez sa Parole du 22 novembre, puis<\/p>\n\n\n\n<p>plongez en vous-m\u00eame pour voir si votre ha y a bien caill\u00e9 !&nbsp;\u00bb (R\u00e9v. Ar\u00e8s XXXIX\/8) .<\/p>\n\n\n\n<p>Le fond de soi est \u00e0 port\u00e9e de main, mais l&#8217;homme n&#8217;est plus fait \u00e0 cette courte distance de lui-m\u00eame. Quand il se porte sur une \u00e9toile ou sur l&#8217;horizon marin, il est d\u00e9tendu, parce qu&#8217;il aime ce qui ne l&#8217;engage pas dans des voies \u00e9troites. Les larges panoramas lui offrent mille trous pour fuir. Mais retourner l&#8217;oeil en-dedans ! Et cailler en soi quelque chose, assister conscient \u00e0 sa m\u00e9tamorphose, non ! L&#8217;homme n&#8217;aime se voir en dedans qu&#8217;anesth\u00e9si\u00e9, sinon il se croit autopsi\u00e9 vif.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est pour s&#8217;endormir qu&#8217;il se livre \u00e0 l&#8217;alcool, la bonne ch\u00e8re, la t\u00e9l\u00e9vision et \u00e0 tant d&#8217;autres choses \u00e9tourdissantes ; activit\u00e9s forcen\u00e9es, rencontres o\u00f9 il raisonne en fier, qui le distraient des myst\u00e8res du corps, de la vie, de la maladie et de la mort. R\u00e9duit \u00e0 une chose charnelle, l&#8217;homme peut \u00eatre intellectuel, mais ne se transcende pas ; il se putr\u00e9fie vivant dans le confort de l&#8217;inconscience. &#8230;&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que la nature construite-constructive de l&#8217;ha nous apprend, entre autres choses essentielles, c&#8217;est que l&#8217;homme, contrairement aux id\u00e9es de la \u00ab raison \u00bb, n&#8217;a pas des propri\u00e9t\u00e9s psycho-chimiques ind\u00e9l\u00e9biles \u2014 ses structures telles qu&#8217;elles sortent du ventre maternel, et ses mani\u00e8res d&#8217;agir d\u00e9riv\u00e9es de l&#8217;\u00e9ducation \u2014. Si vices et passions, faiblesses et ambitions sont tenaces, leur t\u00e9nacit\u00e9 n&#8217;est pas irr\u00e9m\u00e9diable devant la volont\u00e9 de construire une \u00e2me. Le salut est existentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, au b\u00e2ton de lumi\u00e8re semblent se superposer un autre b\u00e2ton de lumi\u00e8re, puis un autre et encore un autre, chacun ajoutant sa lumi\u00e8re aux pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, l&#8217;intensit\u00e9 du b\u00e2ton ardent augmente par \u00e9tapes. Mon regard se d\u00e9tourne. Par contraste, les nappes laiteuses qui coulent le long des murs semblent maintenant sombres. Devant elles dansent et tournoient comme des clart\u00e9s de fanaux, carr\u00e9es et troubles. \u00ab Un effet de l&#8217;\u00e9blouissement, \u00bb pens\u00e9-je. La voix s&#8217;est tue ; je ferme les yeux un moment. Mais de la voix je devine la latence par un grondement de gorge l\u00e9ger et soutenu, de timbre \u00e9gal. La violence lumineuse du b\u00e2ton ardent est telle que son \u00e9clat blanc traverse mes paupi\u00e8res. Je tourne la t\u00eate \u00e0 droite, vers la petite porte verte, avant de rouvrir les yeux. Les fanaux volettent l\u00e0 aussi, en tous sens, du sol \u00e0 la charpente. Ma main en oeill\u00e8re sur la tempe gauche soulage mon regard de l&#8217;\u00e9clat de Dieu. Des larmes coulent de mes yeux irrit\u00e9s ; elles aussi prot\u00e8gent mon regard ; \u00e0 travers elles je vois les fanaux plus flous qui voltigent. Une battue d&#8217;anges dans l&#8217;air, pour d\u00e9busquer quelques d\u00e9mons ? Que peuvent chercher dans l&#8217;air sombre ces lanternes p\u00e2les ? Je r\u00e9alise pour la premi\u00e8re fois que l&#8217;air est sombre ; rien ne r\u00e9fl\u00e9chit la lumi\u00e8re du b\u00e2ton ardent et celle coulant le long des murs ; elles se refl\u00e8tent sur soi, se redig\u00e8rent, elles n&#8217;\u00e9clairent qu&#8217;elles-m\u00eames. Cette lumi\u00e8re n&#8217;est pas de m\u00eame nature que la clart\u00e9 des fanaux, clart\u00e9 de brouillard, sans force.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me pose plus de questions. Les bruits et les brasillements d&#8217;arm\u00e9e, les explosions dans le bois, les laves blanches glissant le long des murs, les fanaux blafards ou les apparitions d&#8217;anges, dans tout cela je vois seulement un cort\u00e8ge de forces diverses autour de Dieu, des \u00e9claboussures infimes de sa puissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ferme \u00e0 nouveau les yeux, ma t\u00eate pench\u00e9e sur mon \u00e9paule gauche, vers le b\u00e2ton de lumi\u00e8re, dans une attente sacr\u00e9e ; j&#8217;attends le retour de la voix. Je la guette, parce qu&#8217;elle fait toujours irruption, n&#8217;\u00e9tant ni pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de pas, ni d&#8217;une porte qui s&#8217;ouvre, ni d&#8217;un raclement de gorge comme le discours d&#8217;homme. J&#8217;ai beau l&#8217;attendre, je sursaute toujours \u00e0 son jaillissement.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix ne revient pas encore, mais l&#8217;\u00e9clat puissant du b\u00e2ton ardent, que je devine entre mes doigts serr\u00e9s sur mes yeux, me dit qu&#8217;elle ne va pas tarder. Je salive, je crois charrier \u00e0 pleine bouche la lumi\u00e8re dont je prot\u00e8ge mon regard, mais que je sens entrer en moi par la peau, par la t\u00eate. La lumi\u00e8re coule et p\u00e9tille dans mon ventre ; j&#8217;ai le sentiment extraordinaire d&#8217;\u00eatre rempli d&#8217;\u00e9toiles et de m&#8217;envoler. J&#8217;ai comme des yeux tourn\u00e9s vers mes entrailles, o\u00f9 ils voient les reflets du Ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;attends toujours la voix. Les bruits augmentent, les explosions s&#8217;acc\u00e9l\u00e8rent dans les chevrons et dans les pannes. De ma gauche vient comme le fracas d&#8217;un train sur un pont de bois, qui passe sur ma t\u00eate. Il secoue tous les si\u00e8ges de la salle de pri\u00e8re, fait tinter comme une harpe le chandelier aux sept branches fines et flexibles. Un tremblement de terre ? Je m&#8217;affole. Mais le sol ne bouge pas sous mes pieds ; l&#8217;\u00e9branlement vient d&#8217;en-haut. Je lance mes bras en l&#8217;air, d\u00e9risoire r\u00e9flexe, pour arr\u00eater le bruit qui y passe. Et deux mains bouillantes saisissent mes poignets, tirent mes bras. Mes \u00e9paules craquent. Je pousse un cri bizarre, un cri qui n&#8217;ose s&#8217;\u00e9lever : \u00ab Les mains de Dieu ! \u00bb Je suis intimid\u00e9 \u00e0 l&#8217;extr\u00eame. \u00ab Dieu ! \u00bb, ce mot tremble sur mes l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>De la poigne de fer la chaleur gagne tout le bras ; par l&#8217;\u00e9paule elle m&#8217;entre dans le tronc, et sur le coeur c&#8217;est un incendie. Elle se concentre l\u00e0, d&#8217;o\u00f9 elle diffuse jusqu&#8217;aux pieds. Je ressens, si forte, l&#8217;impression de fumer comme un brandon que j&#8217;ouvre les yeux. De mon corps sort vraiment de la fum\u00e9e. Je tremble dans cette vapeur. Le b\u00e2ton ardent a retrouv\u00e9 son intensit\u00e9 normale ; je garde les yeux ouverts, mais je n&#8217;ose pas les lever vers les mains qui m&#8217;empoignent.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, d&#8217;amour pour Dieu, de tendresse folle, je voudrais saisir ces deux mains et les embrasser. Je resterais l&#8217;\u00e9ternit\u00e9 ainsi, les bras tenus en l&#8217;air, \u00e0 me vider de larmes heureuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fanaux se sont rapetiss\u00e9s, mais multipli\u00e9s jusqu&#8217;\u00e0 luire comme un banc de poissons \u00e0 ventre blanc, qui tourne, retourne et repasse. Les bruits se compliquent de coups plus sourds, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de sifflements graves dans l&#8217;air, ceux d&#8217;arbres qui s&#8217;abattraient sur le toit de la maison de pri\u00e8re. Celle-ci para\u00eet se rompre sous ces coups. Comparaison difficile ; de tels bruits ne proc\u00e8dent pas de la physique terrestre. Je palpite dans la chaleur qui m&#8217;emplit. Quel contraste avec le froid que j&#8217;ai toujours ressenti ici depuis le 2 octobre ! L&#8217;intime et br\u00fblante poigne l\u00e2che mon bras droit, mais elle tient toujours en l&#8217;air le gauche, plus fermement encore. Un courant d&#8217;air ; je sens venir la voix. Au bout du bras droit endolori ma main se pr\u00e9pare \u00e0 \u00e9crire. La voix s&#8217;\u00e9l\u00e8ve, presque confidentielle, accentuant l&#8217;intimit\u00e9 chaleureuse de Dieu dans ce moment :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Michel (unique fois o\u00f9 Michel remplace Mikal dans Le Livre), dans tes c\u00f4tes (J&#8217;ouvre) une baie. Le fr\u00e8re (y,) pale son \u00eele, (un lieu) s\u00fbr\u2026 Iy\u00ebchay\u00eb (Isa\u00efe) parle : \u00ab Mon OEil (se) ferme sur Mikal. Je fais les fr\u00e8res de Mikal \u00bb (R\u00e9v. d&#8217;Ar\u00e8s XLII).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peu pr\u00e8s \u00e0 ce moment-l\u00e0, l&#8217;\u00e9clat du b\u00e2ton de lumi\u00e8re s&#8217;intensifie \u00e0 nouveau par paliers, jusqu&#8217;\u00e0 redevenir insoutenable. Ma main gauche restant prisonni\u00e8re de la main de Dieu, ma main droite \u00e9tant occup\u00e9e \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 tourner et maintenir les feuillets, je ne peux que crisper mes minces paupi\u00e8res sur mes yeux pour les prot\u00e9ger, presque en vain, si p\u00e9n\u00e9trante est la lumi\u00e8re. Je baigne dans un m\u00e9lange de b\u00e9atitude et de souffrance. Plus je tente de d\u00e9gager ma main gauche pour en abriter mes yeux, plus se resserre la poigne sur mon bras et plus elle le tire vers le haut, \u00e0 m&#8217;en d\u00e9bo\u00eeter l&#8217;\u00e9paule. D&#8217;une voix lamentable je crie : \u00ab Dieu, Dieu, arr\u00eate ! \u00bb Mais lui continue de parler impitoyablement, tandis que la condensation me couvre, je crois tremper dans l&#8217;eau jusqu&#8217;aux aisselles ; elle s&#8217;\u00e9vapore au fur et \u00e0 mesure. J&#8217;ai bien du mal \u00e0 me d\u00e9p\u00eatrer de mes papiers humides.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mikal est dans Mon Poing. Croch\u00e9e, la raie. (Si) tu (la) l\u00e2ches, (tu es) perc\u00e9\u2026 Le Mont sur le(s) Fond(s se re)ferme\u2026 Je souffle (sur) ton cheveu, (il tombe de ta t\u00eate comme) la pierre de feu coule, il couvre la terre, (il) ouvre l(es) porte(s comme) la pierre de feu (R\u00e9v. Ar\u00e8s, XLIII \u00e0 L).<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, le point haut, intense, du b\u00e2ton de lumi\u00e8re, son \u00ab pommeau \u00bb d&#8217;o\u00f9 sort la voix, s&#8217;\u00e9largit en un soleil blanc, qui envahit en quelques secondes toute la salle de pri\u00e8re. Sa clart\u00e9 est supportable : tons concentriques, o\u00f9 tous les bleut\u00e9s et tous les argent\u00e9s possibles du blanc s&#8217;\u00e9tagent depuis le centre ; pas un seul ton chaud ; toute teinte est froide. Cependant, l&#8217;air s&#8217;\u00e9chauffe rapidement, produit une radiation qui irrite ma peau comme feraient des orties ; elle m&#8217;attaque et me p\u00e9n\u00e8tre. La souffrance devient vite tr\u00e8s dure. Mon dos se fend, ma chair est ouverte vive. Je me tords sous la poigne qui ne cesse pas de tirer mon bras gauche vers le haut. Ma main droite a jet\u00e9 le crayon, elle court sur tout mon corps comme pour en contenir la chair. Je me sens d\u00e9pec\u00e9 par derri\u00e8re ; une voix terne dans mon cou compte mes os et mes visc\u00e8res. La douleur br\u00fblante atteint mon coeur, y entre, y tourne, y fourgonne comme un tisonnier. J&#8217;\u00e9touffe de peine et de peur. Enfin, la main de Dieu l\u00e2che mon bras ; le parfum merveilleux m&#8217;enveloppe la t\u00eate ; la douleur devient comme d\u00e9licieuse. Le soleil blanc bleut\u00e9 et argent\u00e9 semble respirer, il se dilate et se contracte l\u00e9g\u00e8rement. Je le contemple, et je crie dans un souffle : \u00ab La gloire de Dieu ! \u00bb Le soleil, la douleur, l&#8217;indescriptible vacarme de bois \u00e9clat\u00e9 dans la maison et de cliquetis au-dehors s&#8217;att\u00e9nuent et disparaissent.<\/p>\n\n\n\n<p>C. FIN DE LA CINQUI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE<\/p>\n\n\n\n<p>(Suite des notes du 22 novembre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>Des flammes dansent encore dans l&#8217;air, sur le sol, sur les si\u00e8ges de la Maison de la Sainte Parole, peu lumineuses. Maintenant je vois l&#8217;\u00e9clairage de la rue derri\u00e8re les vitres. Il fait donc encore nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me t\u00e2te machinalement, doutant d&#8217;\u00eatre entier, ou m\u00eame vivant, apr\u00e8s cette \u00e9preuve. Je ferme et j&#8217;ouvre les yeux \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Mon regard se pose sur mes pieds : quelle \u00e9motion ! ils ne touchent pas le sol. Je passe ma main sous mes fesses ; je suis assis sur le vide. La poigne divine m&#8217;a d\u00e9coll\u00e9 du si\u00e8ge, je reste suspendu \u00e0 dix ou vingt centim\u00e8tres au-dessus. J&#8217;allais me lever, je n&#8217;ose plus bouger. Bien qu&#8217;\u00e9lev\u00e9 \u00e0 faible hauteur, j&#8217;ai peureusement l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre assis sur la branche haute d&#8217;un arbre, dont je chuterais au moindre geste. Et tout \u00e0 coup j&#8217;\u00e9clate de fureur : \u00abMais qu&#8217;est-ce que tu me fais ?Que t&#8217;ai-je demand\u00e9 ? \u00bb D\u00e9bordant d&#8217;\u00e9motion, \u00e0 bout de r\u00e9sistance, je me r\u00e9pands en mots amers, et je re\u00e7ois, claquant dans ma t\u00eate comme un \u00e9clair, d&#8217;une main invisible, une gifle violente. Je suis d&#8217;abord p\u00e9trifi\u00e9, puis je fonds en larmes, je me mets \u00e0 trembler, mes nerfs craquent de tout c\u00f4t\u00e9. Quand je me calme, je repose sur mon si\u00e8ge, mes pieds touchent le sol. Les derni\u00e8res flammes ont disparu ; l&#8217;obscurit\u00e9 serait totale, si du dehors l&#8217;\u00e9clairage public n&#8217;entrait un peu par les verres color\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passe une main dans mon dos ; la peau en est intacte, mais bouillante, et mes v\u00eatements sont encore, retrouss\u00e9s jusqu&#8217;aux \u00e9paules. L&#8217;intense chaleur les a s\u00e9ch\u00e9s en un instant. Je les r\u00e9ordonne, tout en avalant mes derni\u00e8res larmes, puis je vais \u00e0 t\u00e2tons, d&#8217;un pas de malade, jusqu&#8217;au petit vestibule entre la salle de pri\u00e8re et la porterie, o\u00f9 se trouve le tableau \u00e9lectrique. J&#8217;allume toutes les lampes au-dedans et au-dehors. Revenu dans la salle de pri\u00e8re, je me laisse tomber sur mon si\u00e8ge. Je caresse ma joue, encore chaude de la plus forte gifle jamais re\u00e7ue depuis mon enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>APR\u00c8S LA CINQUI\u00c8ME TH\u00c9OPHANIE (Not\u00e9 le 28 novembre 1977)<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une semaine que Dieu m&#8217;a fait subir l&#8217;extraordinaire et douloureuse exp\u00e9rience de sa derni\u00e8re visite. En fait, je sors de cette exp\u00e9rience ce matin seulement. Tous ces jours, mon esprit n&#8217;a pas repris le cours du quotidien ; j&#8217;ai tra\u00een\u00e9 mes pieds \u00e0 travers la maison, la pens\u00e9e immobilis\u00e9e sur les \u00e9v\u00e9nements de la nuit du 22 novembre. Ce matin j&#8217;ai enfin pu r\u00e9pondre de fa\u00e7on sens\u00e9e et pratique \u00e0 une question m\u00e9nag\u00e8re de Christiane.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma t\u00eate a rejoint mon corps. J&#8217;ai cess\u00e9 de faire pour la centi\u00e8me fois en pens\u00e9e, jusqu&#8217;\u00e0 la migraine, le tour de l&#8217;exp\u00e9rience v\u00e9cue la nuit du 22 novembre. La phobie de la Maison de la Sainte Parole \u2014 jusqu&#8217;\u00e0 la voir de loin qui m&#8217;\u00e9tait insupportable \u2014 m&#8217;a quitt\u00e9 \u00e9galement. J&#8217;ai m\u00eame voulu m&#8217;y rendre ce matin. J&#8217;ai fait, d&#8217;un pas l\u00e9ger de voleur, plusieurs fois le tour de la salle de pri\u00e8re, sans allumer, dans la p\u00e9nombre d&#8217;un matin d&#8217;hiver. Je suis pass\u00e9 et repass\u00e9 entre les rangs de si\u00e8ges, l&#8217;esprit bien d\u00e9gag\u00e9. J&#8217;ai m\u00eame remarqu\u00e9 quelques d\u00e9tails de la salle de pri\u00e8re qui m&#8217;avaient \u00e9chapp\u00e9, comme si je venais d&#8217;y entrer en touriste. Je n&#8217;y \u00e9tais jamais venu que pour m&#8217;engloutir dans la pri\u00e8re, mais aujourd&#8217;hui je n&#8217;ai pas eu envie de prier. Je suis tomb\u00e9 en p\u00e9ch\u00e9 de pr\u00e9somption, me disant : \u00ab Dieu est avec moi. Pourquoi prierais-je ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dieu aime tous les hommes, mais chacun a l&#8217;impression que Dieu l&#8217;aime plus que les autres. Impression pi\u00e8ge, je le sais. Pourtant, ce matin j&#8217;ai cru moi aussi que j&#8217;\u00e9tais le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Dieu, au point de me permettre une intimit\u00e9 insolente : je me suis assis sur le sol, l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2ton de lumi\u00e8re m&#8217;est apparu, jusqu&#8217;\u00e0 ce que le froid du gr\u00e8s me repousse.<\/p>\n\n\n\n<p>Assis sur le marchepied de Dieu, toute pr\u00e9somption m&#8217;a quitt\u00e9 ; il m&#8217;est revenu que je dois sortir de cette \u00e9preuve \u2014 ou de ce bonheur, je ne sais plus \u2014 d&#8217;intimit\u00e9 avec Dieu et avertir le monde de ce que j&#8217;ai vu, entendu, v\u00e9cu sur ce lieu. Je sais, sans qu&#8217;il me l&#8217;ait dit, que Dieu ne reviendra pas cet automne.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans l&#8217;exp\u00e9rience pr\u00e9alable de 1974 \u2014 il y aura quatre ans dans deux mois \u2014, l&#8217;\u00e9preuve du t\u00e9moignage, qui m&#8217;attend, serait impossible. D\u00e9clarer : \u00ab J&#8217;ai vu J\u00e9sus \u00bb n&#8217;est pas l&#8217;\u00e9preuve de d\u00e9clarer : \u00ab J&#8217;ai vu Dieu !\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ar\u00e8s, 28 novembre 1977<\/p>\n\n\n\n<p>Fr\u00e8re Michel<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9cit des \u00e9v\u00e8nements surnaturels d&#8217;Ar\u00e8s (1974 et 1977) (Extraits de la R\u00e9v\u00e9lation d&#8217;Ar\u00e8s \u00e9dition 1989) Apparitions de J\u00e9sus du 15 janvier au 13 avril 1974. 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